Vaccins : contraindre
plutôt qu'éduquer ?

Le 18 décembre 2016

Par Dr Jacques Michel Lacroix

Le citoyen a de plus en plus souvent l'impression (à tort ou à raison) de se faire manipuler.

Ça sent la fin de règne, au ministère de la Santé. Avant de boucler ses valises, notre ministre cherche à recaser ses copains (à Gustave-Roussy ou ailleurs) et pourrait prendre à la hâte des décisions discutables. Depuis quelques années, les patients (et certains médecins) se méfient des vaccins.

Pourtant, leur utilité est largement reconnue. Peut-être faut-il en chercher la cause dans la gestion catastrophique de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 en 2009-2010, ou simplement parce que, comme en ce qui concerne les médias, les Français n'ont plus confiance dans la parole officielle.

Une grande partie d'entre eux pensent qu'on leur ment par omission, en occultant volontairement certains aspects du débat. Cela a sans doute toujours existé, mais avec la circulation du savoir et de l'information qui passe désormais par des canaux parallèles (donc non contrôlés) accessibles à tous, ces nouvelles façons de partager le savoir permettent des remises en cause de la parole officielle.

Le citoyen a de plus en plus souvent l'impression (à tort ou à raison) de se faire manipuler ; ainsi, pour les vaccins, les polémiques sur l'éventuel danger de certains adjuvants et les effets secondaires de certains d'entre eux n'ont fait qu'alimenter cette défiance.

Le ministre de la Santé a donc mis en place, en janvier dernier, une commission de « concertation citoyenne » sous la présidence du professeur Alain Fischer afin d'analyser les raisons de la désaffection et des craintes des Français pour les vaccins, et de réviser la stratégie vaccinale. Cette « concertation citoyenne » vient de rendre ses conclusions.

On pouvait s'attendre à ce qu'elle propose une campagne d'information sérieusement menée décrivant les avantages et inconvénients auprès des médecins généralistes, très majoritairement favorables aux vaccins, afin qu'ils relaient l'information auprès de leurs patients ; au lieu de cela, la « concertation citoyenne » propose simplement de rendre obligatoires huit autres vaccins, qui n'étaient jusque-là que conseillés (rougeole, oreillons, rubéole, méningocoque, pneumocoque, hépatite B, coqueluche, Haemophilus influenzae ), en plus des trois déjà obligatoires (tétanos, diphtérie, polio), soit onze en tout, qu'il faudra administrer au nourrisson dans sa première année afin, nous dit cette commission, de renforcer la confiance dans les vaccins.

Il n'est pas certain que ce soit la meilleure des solutions.

Alors qu'on ne cesse de nous répéter que, pour rétablir l'ordre dans certains quartiers, il faut éduquer et persuader plutôt que réprimer, on risque de développer dans le domaine de la santé l'action inverse, en prônant la contrainte plutôt que l'éducation.

Certes, il ne s'agit que d'une proposition, mais dans cette période préélectorale où l'on risque de prendre des décision à la va-vite avant de fermer la boutique, j'ai peur que ces mesures autoritaires, si elles venaient à être exécutées, ne puissent que renforcer la défiance de la population à l'encontre des vaccins et nuire à la santé publique.

Source : ‘Boulevard Voltaire'

Notre site/Home page