D'une pierre deux coups,
les primaires, j'adore !

Le 23 novembre 2016

Par Christophe Servan

Il y a bien eu, ces derniers mois, la rencontre entre un homme et un peuple.

On a beaucoup glosé sur les primaires et même des observateurs avisés comme Éric Zemmour n'ont eu de cesse de tirer à boulets rouges sur ce système. Je l'avoue, entre un choix ouvert à tous et une cooptation dans le secret des états-majors des partis, je n'ai jamais bien compris comment on pouvait préférer la seconde formule. La victoire éclatante de François Fillon au soir du premier tour de scrutin, sur fond de participation record, me semble trancher la question. Car, enfin, que peut-on demander de plus à un système de sélection des candidats que de nous sortir du chapeau celui qui est le meilleur ; et François Fillon était bien le meilleur des candidats en lice, et de loin. Lorsque l'on s'impose avec une telle marge, en partant de très bas, sur une dynamique lancée manifestement lors des débats retransmis à la télévision, on peut sans trop s'avancer affirmer qu'il y a bien eu, ces derniers mois, la rencontre entre un homme et un peuple.

François Fillon était sans contestation possible le candidat qui a le plus travaillé son sujet. Il est aussi celui qui s'est le mieux positionné à droite, quasiment au barycentre de toutes les nuances qui composent cette famille politique. Sa victoire est donc logique et méritée. A contrario , et pour des raisons diamétralement symétriques, le grand perdant de ces primaires, c'est Alain Juppé. Il est, d'ailleurs, étonnant que celui-ci ait rejeté l'idée d'abandonner avant le second tour.

Il n'a strictement plus aucune chance de l'emporter, et reconnaître la victoire finale de François Fillon au lendemain du premier tour aurait eu du panache. Quant à Nicolas Sarkozy, sa défaite est anecdotique ; sa place n'était pas dans cette compétition, plutôt devant les tribunaux s'il n'avait pas été mystérieusement protégé. En somme, ces primaires ont permis de faire d'une pierre deux coups : difficile de demander plus.

Les dés de la présidentielle sont-ils jetés ? On a beaucoup dit que le vainqueur de la primaire de droite serait le successeur de François Hollande. Après un tel plébiscite, force est de reconnaître que, sauf accident, il est difficile d'imaginer un autre scénario. Même dans l'hypothèse d'une candidature de François Bayrou – qui ne s'est jamais prononcé en cas de victoire de François Fillon –, on voit mal comment la donne pourrait changer. Bayrou et Macron s'entretuer pour les miettes d'un électorat centriste en pleine déconfiture, là aussi, ce serait faire d'une pierre deux coups.

La seule inconnue reste l'attitude de François Fillon vis-à-vis du Front national. Certes, il n'est nulle question, ici, d'imaginer une quelconque alliance, mais plutôt un changement de ton. D'abord, je n'ose imaginer que François Fillon se dérobe, comme Jacques Chirac, devant la perspective d'un débat avec Marine Le Pen entre les deux tours. Bien plus, je me plais à imaginer un changement tactique majeur de la part du leader de droite le plus conservateur que la France ait connu depuis Charles de Gaulle, un changement inimaginable de la part d'Alain Juppé comme de Nicolas Sarkozy. N'avait-il pas déclaré, en septembre 2013, son opposition tant au « ni-ni » qu'au front républicain, invitant les électeurs à juger au cas par cas sans faire une distinction de nature entre candidats socialistes ou frontistes ? Après tout, il lui faudra, selon toute vraisemblance, compter avec la présence à l'Assemblée d'une centaine de députés du Front national, une perspective qui devrait l'inciter à composer plutôt qu'à diaboliser.

En somme, Fillon, c'est aussi tout bon pour le Front national. Décidément, quand je parlais d'une pierre deux coups…

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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