Pourquoi les Femen n'ont pas leur place en France après leur provocation à Notre-Dame.

Modifié le 15-02-2013 à 12h20.

Par  Bruno Roger-Petit
Chroniqueur politique.

LE PLUS. Les Femen se sont exhibées seins nus et peinturlurés dans Notre-Dame de Paris pour "célébrer" le départ du pape Benoît XVI. La condamnation est unanime. Ce mouvement venu d'Ukraine a-t-il encore sa place en France après une provocation aussi nulle ? Pour Bruno Roger-Petit, la réponse est non.

Les Femen ont fait un happening dans Notre-Dame de Paris pour célébrer la démission du pape Benoît XVI (Michel Euler/AP/SIPA)

 

N'est pas Pussy Riot qui veut, les Femen sont en train de l'apprendre à leurs dépens. La dernière provocation de ce groupe ultra féministe , dans sa version française, à savoir l'irruption seins nus au cur de Notre-Dame de Paris en hurlant des injures contre le pape Benoit XVI et les catholiques, a permis de lever l'hypothèque qui pesait sur la vertu démocratique de ce groupuscule : les Femen ne sont pas des amies de la démocratie.

 

Jusque-là, un silence poli avait accueilli les premières manifestations des Femen dans la sphère politique et publique française. Personne n'osait, au motif sans doute que les Femen ukrainiennes mènent un combat autrement plus dangereux, émettre de réserves et/ou de critiques à l'encontre de la version française du groupe d'intervention politique, d'autant qu'il était soutenu par Caroline Fourest .

 

A-t-on besoin des Femen en France ?

 

Ce muet accommodement avait déjà accueilli la présence des Femen lors du défilé de Civitas (organisation ultra-catholique hostile au mariage gay) et les incidents inévitables que cela avait déclenché. De nombreux observateurs s'interrogeaient en "off" : a-t-on besoin des Femen en France ? Sommes-nous à ce point si en retard démocratiquement qu'il faille avoir recours à des méthodes d'expression politique outrancière destinées à provoquer, à l'origine, des régimes autoritaires ?

 

Ajoutons que la présence dans les leaders des Femen d'une ancienne militante PS qui se fit connaître lors de mouvements étudiants ( Loubnia Meliane ) laissait augurer du pire : la récupération d'un mouvement par des personnalités en mal de quart d'heure warholien. Montrer ses seins en public sous un prétexte politique, c'est l'assurance de passer de nouveau à la télé.

 

La provocation de Notre-Dame est venue confirmer les doutes que l'on pouvait nourrir au sujet des Femen. Ce mouvement n'a rien à faire en France parce qu'il ne correspond pas à la France.

 

Il y a de cela un an, l'auteur de ces lignes a assisté, à Notre-Dame, à l'appel des Catéchumènes désireux d'embrasser la foi chrétienne. On peut être agnostique de culture catholique, ne pas aller à la messe tous les dimanches et continuer d'aimer "rien tant que les pompes de l'Église", comme l'écrivait Apollinaire.

 

Notre-Dame, un lieu chargé d'histoire.

 

C'était une belle cérémonie, un moment particulier que d'assister à la conversion de centaines de personnes, de tous âges et de toutes conditions. Et le fait qu'elle se déroule à Notre-Dame, là où tant de Parisiens, depuis mille ans ont été baptisés, mariés et enterrés, donnait un poids et un relief particulier à cette cérémonie.

 

Tout cela était profondément respectable et le lieu, en dépit des touristes qui s'égayaient dans les travées, s'imposait comme chargé d'une histoire et d'une spiritualité qui transcende la religion catholique elle-même. Même un esprit profondément laïc ne pouvait y demeurer insensible et se réjouir que la laïcité, justement, permette l'épanouissement de qui veut jouir de sa liberté de conscience.

 

Les églises sont des lieux qui relient les femmes et les hommes d'aujourd'hui aux générations précédentes.

 

Les églises sont des lieux qui commandent le respect, quoi que l'on pense de l'Église, parce qu'elles sont le dépositaire d'une histoire commune, le lien qui relie des hommes à leur passé et à leurs ancêtres.

 

Qui visite la Basilique de Vézelay sans être ému par la lumière qui irradie la place mérite d'être réincarné en Femen.  

 

Les églises sont une incarnation française, un legs transcendant les clivages de tous ordres. Voilà pourquoi, du reste, la loi de séparation de 1905 s'empressa d'incorporer les édifices religieux dans le patrimoine de l'État.

 

Là est l'erreur, la faute même, des Femen.

 

Un geste stupide et immature justement condamné.

 

En exhibant leur pauvre et pathétique vulgarité, leur triste et agressive nudité, leur affligeante et terrifiante indignité, leur terrible et abyssale inculture au sein de Notre-Dame de Paris, elles n'ont pas seulement injurié le pape, à l'institution catholique, elles s'en sont pris, aussi et surtout, à la spiritualité française, aux forces de l'esprit pourrait-on dire, qui habitent ces vieilles pierres taillées et sculptées par des inconnus il y a dix siècles pour la beauté du geste. 

 

La France est un pays où l'on peut bouffer du curé à volonté mais où l'on n'aime pas que l'on touche à ce qui incarne les forces de l'esprit. C'est l'une de ces contradictions qui font encore le charme, encore, de ce pays, et visiblement les Femen ne l'ont pas compris. L'ont-elles seulement appris ?

 

Elles se sont comportées en dérisoires descendantes des sans-culottes et représentants de la Commune de Paris qui, en 1793, se livraient au pire débauches (pauvres amatrices de ce point de vue que les Femen, car à côté d'un Chaumette ou d'un Hébert, elles font un peu coincées dans le rapport aux choses du sexe) dans une Notre-Dame rebaptisée "Temple de la raison", ce que Robespierre, du reste, (rendons lui justice sur ce point) désapprouvait, car il détestait l'athéisme sauvage et désordonné qui s'en prenait aux lieux de spiritualités.

 

Il ne faut donc pas s'étonner, mais se réjouir de la condamnation unanime qui, de Bertrand Delanoë à Manuel Valls, est venue répondre à ce geste stupide et immature, politiquement insane et intellectuellement inepte.

 

Les Femen, et ceux qui s'extasient devant leur minable provocation seraient bien inspirés de lire ou relire Marc Bloch :

 

"Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération."

 

Prenez-en de la graine, les Femen, et partez sur la pointe des pieds, en souhaitant que l'on vous oublie.

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