Affaire Peyvel: Un parcours chaotique
et une enquête en cours

Le 19/04/2016

La vie de Pierre Peyvel a basculé le 6 avril 2009. Ce jour-là, sa mère, Ida Tavcar Peyvel, 74 ans, est retrouvée morte, à son domicile d'Aurec-sur-Loire. Près du corps, un mot, terrible, lui est adressé : « En ce qui concerne Pierre ils nous préfèreraient morts que vivants… Voilà qui est fait. Je lui interdit d'assister à mes obsèques […]. Après seulement il pourra venir cracher sur ma tombe. J'ai aimé mon fils mais depuis un certain temps il ne l'est plus (sic). » Le médecin rédige un certificat médical émettant un doute sur un suicide. Mais le 8 avril, la mairie signera l'autorisation de crémation*, s'appuyant sur un rapport déclarant la mort comme naturelle.

Pierre Peyvel a 35 ans. Il est marié, a deux enfants, gère une entreprise. En quelques mois, il va tout perdre. Candidat de la droite aux élections cantonales de 2008, il avait engrangé peu de points dans une campagne houleuse qui avait vu l'UMP locale se déchirer. Sa mère, elle, était conseillère municipale dans la mandature de gauche de Guy Vocanson . Dès lors, Pierre Peyvel est persuadé que c'est Guy Vocanson lui-même qui a poussé sa mère au suicide. Et que Claude Vial, le nouveau maire, a aussi une responsabilité. Il en appelle à « l'ami » Laurent Wauquiez , mais lui aussi figurera bientôt sur la longue liste de ses ennemis. Des esclandres en conseil municipal, des plaintes… Le 11 septembre 2009, il est finalement hospitalisé d'office. Le premier internement psychiatrique d'une longue série qui s'est poursuivie jusqu'en 2015.

Mettre un point final

Lors de ses sorties, Pierre Peyvel refait parler de lui. Tags à Aurec ou sur la permanence parlementaire de Laurent Wauquiez à Yssingeaux, altercations avec les médias et autres « troubles à l'ordre public ». Un éternel recommencement. Et une justification : tous ces actes ne sont que des bouteilles à la mer pour interpeller sur les conditions de la mort de sa mère. « On me disait : ‘‘Laisse ta mère tranquille. Ce n'est pas une autopsie qui va la ramener”. Les médecins et les élus disaient la même chose, ils s'étaient mis d'accord. Ils ont bousillé toute une famille sur ordre politique », estime Pierre Peyvel . « Pendant sept ans, tout un département s'est tu. Depuis 2009, je réclame un procès, on m'interdit l'accès au droit », juge-t-il encore. Mais du nouveau est enfin arrivé. Le procureur du Puy-en-Velay, Jacques Louvier , a ouvert une enquête, à l'automne 2015, pour y voir clair. Une trentaine de personnes ont été interrogées, y compris en dehors du département. La conclusion n'a pas encore été rendue, même si on peut imaginer, selon nos sources, qu'il n'y aura finalement pas de procès. L'instruction aurait pour but de mettre un point final au dossier. Pour beaucoup, cette affaire tentaculaire n'est que le résultat de la folie. Les rapports des psychiatres concluent tous à différentes pathologies. Pierre Peyvel , son acteur principal, souvent sous camisole chimique, voit bien sûr les choses autrement : « Ils me disaient : “Ça a pris une place importante dans votre tête”. Je leur répondais que “ça a pris une place importante dans ma tête parce que c'est important de savoir si un membre de votre famille s'est suicidé”. »

* L'autorisation a été annulée en 2013 par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Source : ‘Le Progrès'

Notre site/Home page