Tiercé d'Outreau : Mais Que Fait Philippe Dary ?

Aux assises de Rennes nous assistons depuis quinze jours au triste spectacle d'agressions verbales en chaîne commises par les avocats de Daniel Legrand contre tout témoin ne partageant pas leur point de vue sur l'affaire d'Outreau. Lors du passage de Marie-Christine Gryson à la barre jeudi dernier (28/05/2015) à 14h00, c'était l'apocalypse, et même le Président Philippe Dary, réputé pour "son calme et sa rigueur absolue", s'est livré à sa petite intimidation à lui, entraîné dans le sillage de l'avocat Franck Berton pour critiquer le blog de Marie-Christine Gryson. Selon ce Président, un expert ne devrait pas se laisser aller à de telles dérives polémiques que celles du blog incriminé. Seulement, comme l'a si bien souligné Mme Gryson, elle n'est pas appelée à témoigner ici comme expert nommé pour la présente affaire et elle est loin d'être le seul acteur du procès d'Outreau à l'avoir commenté a posteriori. Au contraire, c'est quasiment le cas de TOUS les acteurs du précédent procès. La sortie hystérique de Stéphane Cantero n'a surpris personne : "Vous n'avez pas de respect pour les journalistes !" Le propos est aussi idiot que l'avocat général qui le prononce. S'il y en a un qui se sera couvert de ridicule durant ces trois semaines, c'est bien ce pauvre Cantero. S'il est censé représenter l'Etat et que, selon la célèbre formule de Charles de Gaulle, l'Etat - c'est nous, il y a de quoi avoir honte. Surtout que "les journalistes" dont parle ce monsieur ne sont en réalité qu'une, à savoir l'inimitable Florence Aubenas, maîtresse du mensonge, selon ses propres aveux. Ecoutons la maîtresse :

«Le travail d'un journaliste ne consiste souvent plus à rendre compte de la réalité, mais à faire entrer celle-ci dans le monde de la représentation[...] On triche pour faire voir.[...] Le réel n'est plus que cette chose fatigante et capricieuse qui semble vouloir faire capoter l'histoire qu'on a écrite pour lui.» (La fabrication de l'information, Florence Aubenas, Miguel Benasayag, La découverte 1999.)

Il n'y a pas de respect à avoir pour ce genre de menteuse de bas étage. Sauf si on est copain avec, ce qui est manifestement le cas de Mr Cantero, toujours fourré dans un coin avec Miss Aubenas (dommage pour l'Ardèche qu'elle s'appelle ainsi) et ses acolytes. Mais que le Président Dary s'y mette lui aussi, a de quoi nous étonner. Nous nous permettons de rappeler à ce magistrat pourtant renommé quelques principes de base du droit français. Voici ce que dit la Loi sur la Presse :

"Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi de débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux."

Voici une belle jurisprudence à ce sujet, tiré du même article 41 de la Loi sur la Presse. Elle remonte au 5 août 1884, mais elle est toujours d'actualité (page 2666 du Dalloz Code Pénal 2015, rubrique 'témoins' pour ceux qui s'intéressent de près aux fondements démocratiques de notre belle France):

"En exigeant du témoin appelé à déposer en cour d'assises le serment de dire toute la vérité et de parler sans crainte, la loi a garanti par là même à sa déposition la sécurité la plus absolue, sauf le cas où elle constituerait un faux témoignage ; en conséquence, le témoin, dont la déposition ne s'est produite à l'audience que sous le contrôle du président des assises, ne peut ultérieurement être attaqué devant aucune juridiction sous le prétexte que cette déposition contiendrait des allégations diffamatoires pour des tiers."

A la lumière de ceci, on voit dans quelle illégalité ont pataugé nos parlementaires avec leur Commission d'Enquête sur l'affaire d'Outreau. Le vrai scandale, c'est là. Voilà nos élus réduits au rôle de petits gangsters menaçant tous ceux qui auraient osé prendre la défense des enfants-martyrs du Pas-de-Calais lors de cette affaire. La palme revient à Pascal Clément, Garde des Sceaux, essayant de régler des comptes à Jean-Luc Viaux pour avoir authentifié la parole des enfants victimes.

Jean-Luc Viaux est professeur de psychopathologie à l'université de Rouen, il est agréé au niveau national  comme expert  psychologue  auprès  des cours  d'appel. Il a été mis en cause dans l'affaire d'Outreau pour ses expertises (« aucun des éléments de nos examens ne nous permet de penser que l'enfant invente des faits ou cherche à imputer des faits à des personnes non concernées, son témoignage reste mesuré,   discriminant ses agresseurs des autres personnes mises en cause avec constance et cohérence »). Il avait examiné quatre enfants sur les quinze impliqués dans cette affaire. Ces quatre examens ont conduit à quatre condamnations non suivies d'appel.

Le Garde des Sceaux, Pascal Clément avait tout de même demandé en décembre 2005, sa radiation de la liste des experts agréés près la  Cour d'appel  de Rouen. Le 29 mai 2006, la cour d'appel de Rouen a rejeté la demande du Garde des Sceaux.

Entendu comme témoin jeudi dernier tout de suite après Marie-Christine Gryson, Jean-Luc Viaux avait manifestement peur, alors que, comme Philippe Dary ne cesse de le signaler à chaque témoin, ils doivent déposer "sans crainte". Nous sommes dans l'illégalité, Monsieur le Président et vous devriez le savoir. Le Professeur Viaux a dû utiliser le verbe 'contaminer' une vingtaine de fois en parlant des témoignages des enfants victimes d'Outreau. Contaminés par ceci, contaminés par cela - et donc pas crédibles. C'était pathétique. Ce ne sont pas les propos des enfants qui ont été contaminés, mais bien ceux du Professeur Viaux. Contaminés par la crainte de représailles professionnelles. "Votre humilité intellectuelle vous honore" le félicita l'avocat de la défense Hugues Vigier à la fin de sa déposition calamiteuse. Quel pauvre type, ce Viaux. Le voilà réduit à une version plus sophistiquée de Thierry Delay. "Je ne me souviens pas. Je ne sais pas." Chaque réponse de Viaux s'étalait sur deux ou trois minutes, agrémentée de fioritures diverses et variées, mais, en substance, c'était du copié-collé de Thierry Delay : "Je ne me souviens pas. Je ne sais pas." La honte intellectuelle. Pauvre type.


Hélène Romano : "L'estime de soi est donnée à l'enfant par des adultes protecteurs.
Un tuteur résilient peut rétablir l'estime de soi."

De Hélène Romano à Marie-Christine Grison en passant par Homayra Sellier et Laurence Gratton, le scénario fut toujours le même la semaine dernière : intimidations, pressions, menaces. Et Philippe Dary resta coi. La honte, encore et toujours. Réveillez-vous, Monsieur le Président ! Au vu de votre solide réputation, on s'attendait à mieux, beaucoup mieux.

Finissons sur une note d'humour. Cela fait toujours du bien de se dilater la rate à l'occasion, et celle-ci est à ne pas manquer. On se rappelle l'incident saugrenu de mardi dernier (26/05/2015) en fin d'audition de Laurence Gratton, celle qui a hébergé trois des quatre frères Delay (Chérif, Jonathan, Dimitri) entre 2011 et 2013. Pour citer Hélène Romano : "L'estime de soi est donnée à l'enfant par des adultes protecteurs. Un tuteur résilient peut rétablir l'estime de soi." C'est ce qu'ont fait les différentes 'tatas', c'est-à-dire les mamans des familles d'accueil qui ont hébergé les fils Delay lorsqu'ils ont été placés à partir de février 2000. Et c'est ce qu'a fait Laurence Gratton de 2011 à 2013. Ce pour quoi elle, tout comme les tatas, est la cible de toutes sortes d'actes d'intimidation par ces souteneurs de bourreaux d'enfants, misérable lie de l'humanité, l'avocat général Stéphane Cantero en tête :


"Vous éprouviez des sentiments d'amour maternel pour Chérif, puis votre sentiment a évolué, est devenu amoureux, à tel point que vous avez quitté votre mari pour lui. Est-ce que vous ne trouvez pas ça particulièrement troublant de faire vivre un quasi inceste à quelqu'un qui, lorsqu'il était enfant, a subi le pire des incestes qu'on ait eu à juger dans cette salle ?"

C'est du grand n'importe quoi, et notre enquête journalistique nous a permis d'en localiser l'obscure et très suspecte source. La voici en photo :

Ce petit mafieux s'appelle Patrice Dancre et, pour le malheur des enfants du Pas-de-Calais, il est Commandant de Police à Coquelles, où il protège des pédocriminels en tout genre, à commencer par le faux curé Dominique Wiel. Le 4 février 2013 il a pondu un rapport intitulé 'Disparition Inquiétante de Mineur' concernant la petite fille violée et tuée à Outreau selon les témoignages concordants de Chérif, Dimitri et Jonathan Delay, entre autres. Nous n'avons aucun doute sur la sincérité de ces témoignages. Patrrice Dancre, lui, s'emploie à les discréditer afin de protéger les assassins d'enfants. Début 2013, ce petit mafieux a donc fait une descente en gendarmerie de Ste-Sigolène (43) pour auditionner Chérif Delay, Laurence Gratton épouse Vannypen et Wilfried Vannypen, conjoint en instance de divorce de cette dernière. Laurence Gratton venait de fuir le domicile conjugal où elle avait été physiquement agressé plusieurs fois par Wilfried Vannypen, son (bientôt ex-) mari alcoolique. Laurence Gratton dormait dans sa voiture à l'époque en attendant une décision du Juge des Affaires Familiales pour constater la séparation de corps et faire évacuer Mr Vannypen du domicile. Chérif Delay occupant un appartement dans le secteur, ce dernier avait proposé d'héberger Mme Gratton en attendant qu'elle trouve un nouveau logement, ce qui fut bientôt le cas à St Etienne. L'alcoolisme (qu'il refusait de soigner) de Mr Vannypen était l'un des motifs du divorce, mais pas le principal. Plus important, Laurence Gratton avait découvert que son mari s'absentait du domicile conjugal pour des rendez-vous en chambre d'hôtel avec des travestis rencontrés sur Internet. Chacun est libre de ses orientations sexuelles, bien entendu, mais la moindre des choses serait de les annoncer à son épouse, surtout avec les risques de contamination (bien réelle, celle-ci) qu'implique un tel 'choix de vie'. C'est dans ces conditions et à ce moment précis de sa vie conjugale que Mr Vannypen a été entendu par Mr le Commandant de Police Dancre. Voici la conclusion de Patrice Dancre suite à son audition de Wilfried Vannypen :

"Madame Vannypen, visiblement aveuglée par des sentiments confus entre maternels et amoureux, totalement inféodée à Chérif Delay, avait pris le parti de le croire en toute circonstance avant même de l'avoir reçu chez elle. Elle ne donne pas une image objective de la situation qu'elle vit elle-même d'ailleurs très mal. Elle semble être le porte-parole de Chérif pour certains médias qu'elle côtoie de manière régulière.

Monsieur Vannypen, bien que plus effacé, est le plus objectif. Son comportement et ses sentiments sont semble-t-il partagés par les enfants de Madame Vannypen. Il considère Chérif Delay comme instable, dangereux, affabulateur et menteur. Monsieur Vannypen est un homme attentif au malheur des autres, prêt le cas échéant à recevoir à nouveau Chérif Delay, à la condition que ce dernier change de façon radicale."

Ajoutons que nous avons contacté les enfants de Madame Vannypen qui ne partagent rien du tout avec ce pauvre ivrogne qui avait tapé sur leur mère et qui aurait pu lui refiler le SIDA. "Instable, dangereux, affabulateur et menteur" ? Oui, c'est bien ça. Et voilà le dossier d'Outreau en microcosme. Mensonges et conneries. C'est grave. Réveillez-vous, Monsieur le Président Dary ! Au lieu d'avaliser ce genre d'ineptie, vous feriez mieux de lire le blog de Marie-Christine Grison, dont on vous sert ici un extrait. Sur le plan intellectuel, vous nous accorderez que c'est d'un niveau un brin supérieur aux références de votre avocat général, tout de même. Bonne lecture !

Dr Bensussan à Outreau: une imposture fantomatique? A vous de juger!

10 MAI 2014

PAR MARIE-CHRISTINE GRYSON

Au moment où les médias relaient l'information sur l'audiencement du prochain procès d' Outreau  qui se tiendra à Rennes du 18 mai au 5 juin 2015, on constate la persistance du storytelling d'Outreau car la partie civile n'est pas interviewée, pas plus que les auteurs de la version du contradictoire publiée dans des ouvrages : «  Outreau la vérité abusée  » dès 2009, « Je   suis   debout  » en 2011 puis «  Retour à Outreau, contre-enquête sur une manipulation pédo-criminelle  » en 2013 et dans un film : «  Outreau une autre vérité  » la même année(1). En revanche, on interroge encore et toujours le Dr Paul Bensussan qui n'est pourtant pas pédo-psychiatre et qui n'a pas fait partie du collège des sept experts qui ont validé la parole des victimes mineures. Étonnamment, il est devenu pour les médias le « sachant » officiel de la remise en cause de la parole des enfants d'Outreau car il se garde bien de rappeler que douze d'entre eux ont été reconnus victimes de viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs et proxénétisme.

Rappelons que ce procès de Rennes concerne la comparution devant les assises de Daniel Legrand fils pour les faits qui lui sont reprochés pour la période où il était mineur 1. L'intérêt de cet audiencement concerne l'opportunité pour des victimes devenues adultes, d'être normalement entendues en s'exprimant à armes psychiques égales avec l'accusé. Quel que soit le verdict, en clôturant ainsi les procédures françaises, il permettra en outre aux parties civiles de s'adresser à la Cour européenne de Justice pour y dénoncer les dysfonctionnements des procès de 2004 et 2005 au détriment des victimes (installées dans le box des accusés, n'ayant que 2 avocats contre 19 pour les accusés, les excuses aux accusés d'un Procureur avant le délibéré des jurés etc...)

L'imposture famtomatique :

Fantomatique pour les enfants car ils ne l'ont jamais vu...  Paul Bensussan est bien le fantôme de la vérité défunte dans cette affaire d'Outreau, car il apparaît régulièrement dans les médias pour mettre à mal la vérité judiciaire des enfants reconnus victimes.

Triple imposture, car en tant que médecin psychiatre, expert judiciaire national, considéré comme "sachant" sur la parole des enfants, il aurait dû se plier à ses obligations professionnelles et déontologiques. Cette affaire d'Outreau a été le tremplin de sa notoriété et ses positions qui nourissaient la doxa officielle ont promu sa carrière au plan national et international, or :

1- Il n'a jamais rencontré et encore moins expertisé les enfants d'Outreau.

2- Il n'a pas dénoncé la manière dont ils ont été interrogés, dans des conditions incompatibles avec les acquis de la victimologie infantile.

3- Il n'a pas respecté la profession de psychologue clinicien(ne) en critiquant des expertises qui ne sont pas de sa spécialité et donc de sa compétence.

1- Paul Bensussan n'a jamais rencontré et encore moins expertisé les enfants d'Outreau

Et pour cause, il ne les a jamais vus ni de près ni de loin, avant ou lors des procès d'Outreau. Comment peut-il dans le respect de la déontologie émettre un avis sur leurs révélations de viols et agressions sexuelles? Après consultation auprès d'un représentant du Conseil de l'Ordre des médecins, il semble que cette attitude pourrait être jugée en Conseil disciplinaire mais il aurait fallu que les enfants s'en plaignent... il n'avait donc aucune crainte à avoir !

Le docteur Paul Bensussan est donc venu aux procès d'Outreau, à l'invitation de la défense, évoquer le mensonge des enfants carencés, la confusion entre réel et imaginaire, la dictature de l'émotion et la tendance qu'ont les psychologues d'être aveuglés par la cause des enfants. Il a disserté sur des généralités lors des procès, certes, mais comme ces enfants-là étaient carencés, CQFD.

Le plus choquant a été son comportement dans les médias : n'étant pas tenu par l'obligation de réserve des experts officiels, il a pu répandre ses thèses sur la remise en cause de la parole des enfants sur toutes les radios et télévision, mais aussi bien sûr dans les journaux, et se faire ainsi connaître en tant qu'interlocuteur privilégié sur la soi-disante « incompétence des experts d'Outreau » ayant grandement contribué au prétendu fiasco judiciaire qui n'est pas celui que l'on croit. Il a par ailleurs donné un cours magistral sur ce sujet aux députés lors de son audition face à la Commission parlementaire. Et s'il évoque les rétractations de Myriam Badaoui, il ne donne que l'explication du mensonge quant à sa rétractation, sans être effleuré par toutes les autres explications possibles.

Et lorsque l'ainé des enfants victimes Chérif Delay sort la tête hors de l'eau pour écrire sa vérité sur l'affaire, culpabilisé de ne pas l'avoir fait plus tôt  ("Je suis debout" éditions Cherche-Midi) Paul Bensussan vient dans les médias discréditer ses révélations, à la remorque de Me Dupond-Moretti qui traite Chérif Delay de mythomane. Il est moins frontal que l'avocat, mais il dit la même chose quand il précise lors d'une interview dans le Nouvel Observateur du 13 Mai 2011 :   "Il ne faut pas sacraliser la parole de Chérif Delay". Tous les deux utilisent l'argument de la compassion perverse : " C'est un pauvre enfant  traumatisé, c' est une grande victime !" Sous entendu : il ne faut pas faire attention, il dit n'importe quoi !

Paul Bensussan reprend aujourd'hui lors de ses interviews, les thèmes du militantisme et de la prétendue sacralisation de la parole des enfants de l'époque de l'affaire d'Outreau. Or les chiffres officiels établis par les services de la Défenseure des enfants Claire Brisset (15 Millions d'enfants à Défendre, Albin Michel, 2005) rapportent que seulement 10 % des révélations de viols et agressions sexuelles débouchaient sur une procédure judiciaire en 2001. Rappelons aussi qu'à cette époque justement, une centaine de médecins, pédopsychiatres, et pédiatres étaient poursuivis par le Conseil de l'ordre pour des signalements qui n'avaient pas abouti, après retournement vers leur instance disciplinaire par les mis en cause. On est loin de cette prétendue sacralisation de la parole des enfants dont les révélations sont rares et plus souvent très tardives.

Ce que le lecteur non-spécialiste de l'Enfance ne sait sans doute pas, c'est que Paul Bensussan est le promoteur d'une théorie des plus controversées, à savoir le SAP (syndrome d'aliénation parentale) qui vient d'être rejeté par le consensus psychiatrique international en refusant son inscription au DSM IV (dictionnaire psychiatrique officiel). Le SAP est classiquement utilisé pour remettre en cause les révélations d'agressions sexuelles. Le SAP et « Outreau » sont classés dans les théories anti-victimaires par l'Expert Psychiatre Gérard Lopez qui en démontre l'absence de fondement éthique et scientifique dans son dernier ouvrage   « Enfants violés et violentés, le scandale ignoré » ( Dunod 2013). Un autre ouvrage de référence - celui du professeur Maurice Berger et Jacqueline Phélip « Divorces et séparations, les enfants sont-ils protégés  » ( Dunod 2012) - rend compte dans le détail de toutes les recherches qui discréditent ce syndrome construit de toute pièce par un certain Gardner (psychiatre qui a été lui-même accusé d'agressions sexuelles) dans une auto-publication non validée scientifiquement.

2- Il n'a pas dénoncé la manière dont les enfants ont été interrogés lors des procès dans des conditions incompatibles avec les acquis de la victimologie infantile.

Un véritable spécialiste de la parole des enfants aurait dénoncé la manière dont ils ont été interrogés lors des procès comme je l'ai fait devant les députés de la Commission Parlementaire Outreau. C'était la moindre des choses, mais je n'étais pas audible.

Mais de prime abord, lorsqu'il est entré dans cette Cour d'Assises du Pas-de-Calais, il aurait dû être interpelé en tant que « psy », comme je l'ai été (cf chapitre 1 «  Outreau la vérité abusée  ») par la disposition inédite des lieux qui bafoue la symbolique judiciaire et a une incidence psychologique évidente sur la tenue des débats. Comme on le sait maintenant, faute de moyens pour installer un chapiteau, les enfants étaient placés dans le box des accusés et les accusés étaient dans la salle d'audience avec leurs avocats et les journalistes, comme s'ils étaient spectateurs de leur procès ou plutôt du procès des enfants !

Chérif Delay témoigne dans l'interview qui suit, du ressenti des victimes. Il évoque également le prochain procès Daniel Legrand qui le concerne directement :

http://www.youtube.com/watch?v=POi-FEI2uVo

Permettez-moi de poursuivre avec une anaphore qui marquera bien mon indignation:

- En tant que « sachant » spécialiste de la parole des enfants victimes, Paul Bensussan aurait dû expliquer qu'un enfant ne peut, quatre années après les faits, mobiliser sa mémoire comme un adulte et exposer devant ses présumés agresseurs des actes honteux, incongrus et culpabilisants (fellation et sodomie, viols en réunion) qui concernent la sexualité aberrante qui lui a été imposée par des adultes et parfois par ses propres parents. Il aurait pu dire que ces actes-là sont aussi des viols quand la défense a évoqué le mensonge d'une fillette en prétendant qu'elle était encore vierge, argument largement repris et amplifié par les médias.

 - En tant que » sachant », il aurait dû dire que les analyses de la parole de l'enfant doivent se faire au plus près des faits dans un contexte protégé et avec une méthodologie adaptée. Précisons que les enquêteurs OPJ du Pas-de-Calais qu'il remet en cause avaient été formés à la procédure Mélanie et ce dès 1998 (j'avais participé à la procédure de formation). Ils avaient donc pris soin de poser des questions non-suggestibles. Il dit aujourd'hui que c'est enfin ce que l'on trouve dans les procédures (France Info 7 mai 2014 « Dix ans après Outreau, quelles leçons pour la Justice ? ») induisant le mauvais recueil de la parole des enfants d'Outreau par les OPJ. Il ne parle plus des experts...

 - En tant que « sachant », il aurait dû dénoncer les odieuses conditions d'interrogatoire des 17 avocats de la défense, parfois durant sept heures pour de jeunes enfants face à des spécialistes de la rhétorique. Pas besoin d'être psychologue, le bon sens suffit pour comprendre que dans ces conditions, l'enfant est forcément perdant.

 - En tant que « sachant », il ne pouvait ignorer la manière dont ces avocats interprétaient les erreurs des enfants. Il ne pouvait pas non plus ignorer leur terreur face à la brutalité de certains avocats dénoncée par le Procureur Maurel et les assesseurs ( voir cet article dans la Semaine dans le Boulonnais ).

Il ne pouvait l'ignorer durant son intervention lors des procès et a fortiori lors de son audition devant la Commission Parlementaire puisque Claire Brisset avait écrit un article retentissant dans LE MONDE ( 29 Mai 2004) juste après y avoir assisté : «  Pitié pour les enfants d'Outreau   ». Eric Dupond Moretti, ou plutôt Acquitator était à la tête d'une armée de 17 avocats... et les enfants n'en avaient que deux qui étaient selon les témoins, eux aussi tétanisés... on imagine aisément la tragédie qui s'y est déroulée !

On sait aujourd'hui grâce au témoignage percutant de Me Pouille-Deldicque, avocat de Myriam Badaoui, combien cet interrogatoire a été insupportable pour des enfants déjà lourdement traumatisés. La bande-annonce du film de Serge Garde en donne un extrait où elle compare l'attitude des avocats de la défense face à un enfant seul, au haka des All Blacks. Il présente également un extrait du témoignage de Chérif Delay qui dit avoir été «  égorgé comme un mouton  »... ( voir cet article sur le blog médiapart de Dominique Ferrières )

Le rapport de la Commission parlementaire ( N° 3125, Juin 2006 : « Au nom du peuple français, Juger après Outreau ») est dans la partie qui évoque l'interrogatoire des enfants, non seulement une atteinte aux acquis de la psychologie et de la victimologie infantiles, mais aussi une atteinte au bon sens de tout un chacun. Mais dans cette affaire où le rationnel avait disparu, on n'était pas à une aberration près. Dès lors qu'un sachant aussi savant que le Docteur Bensussan ne dit rien sur la manière dont les enfants ont été interrogés, et même si aucune vérité ne pouvait sortir d'un tel procès comme l'a écrit Claire Brisset (Ibid), on ne peut reprocher aux députés et à son rapporteur Philippe Houillon d'oser écrire (page 75) en caractère gras :

 « Les questions que les avocats de la Défense ont posées aux enfants ont révélé la fragilité de leurs propos. Certains conseils des parties civiles se sont certes indignés de la vigueur avec laquelle les enfants ont été interrogés. On peut cependant constater que seul un interrogatoire contradictoire dans un contexte où la parole de l'enfant ne recevait pas une validation systématique de l'adulte a permis de révéler la fragilité des révélations des mineurs ».

Il est fait allusion particulièrement aux trois enfants sur 15 qui n'ont pas maintenu leurs révélations à 11 heures du soir après avoir attendu des heures dans un local sans fenêtre, avec des sandwichs infâmes selon leur référente Claire Beugnet (dans ce même rapport). Ils étaient terrorisés, ils craignaient de retrouver les conditions du procès de St Omer, seuls face à 17 avocats effrayants en robe noire … ils craignaient de ne plus avoir de train... comme en a témoigné un expert présent dans la salle des témoins. Ils ont dit à la barre qu'ils ne se souvenaient plus… et la traduction « libre » - compte tenu du huis clos - pour les médias donnée par les avocats de la défense a été : ils ont reconnu avoir menti, ils ont disculpé tel et tel accusé. Ce sont donc au regard des députés, les avocats de la défense qui sont devenus les spécialistes de la parole des enfants !

Or l'on sait depuis 1983 avec les travaux de SUMMIT que lorsqu'un enfant ressent un doute chez son interlocuteur, il se rétracte. La raison essentielle étant que ce qu'il souhaite le plus au monde, c'est d'avoir fait un affreux cauchemar et non pas d'avoir vécu ce qu'il a vécu. Le but des avocats était bien de le faire douter...et pour reprendre les termes de l'ex-Président des assises Michel Gasteau qui s'exprime dans le film «Outreau, l'Autre vérité » :   « Fermer la bouche d'un enfant en l'impressionnant, c'est tout sauf de la Justice ! »

3- Il n'a pas respecté la profession de psychologue clinicien (ne) en critiquant des expertises qui ne relèvent pas de sa spécialité et donc de sa compétence.

Je suis encore choquée de l'outrecuidance de l'attitude de Paul Bensussan critiquant pour l'émission « Faites entrer l'accusé » du 30 Janvier 2008 avec Christophe Hondelate, l'expertise réalisée par le Professeur Jean-Luc Viaux et moi-même en dualité d'expert. C'est Jean-Luc Viaux qui avait rédigé le rapport de deux expertises effectuées séparément avec des méthodologies et des tests différents et complémentaires.

Le professeur Viaux est titulaire de deux Doctorats en psychologie, il est expert judiciaire depuis 25 ans, il est responsable d'un diplôme d'expertise et de psychologie légale à l'Université de Rouen et il est l'auteur d'un grand nombre de travaux et de publications sur le sujet.

Et c'est d'un air à la fois docte et détaché que le Docteur Bensussan a lu et commenté l'expertise de l'un des enfants Delay : «Cet enfant ne ment pas, il fait un rêve éveillé » ....Il lit en réalité le récit traumatique et spontané de l'enfant qui revit les faits, récit retranscrit tel quel et ensuite analysé par les deux experts. Il ose ainsi remettre en question publiquement le travail des deux experts psychologues sans connaître ni pratiquer leurs méthodes spécifiques et il propose un diagnostic alors qu'il n'a jamais rencontré cet enfant ! Je renvoie au chapitre 1 pour les commentaires.

Soulignons que ces expertises ont été qualifiées de «  particulièrement fouillées et individualisées et ne laissant aucun doute sur les recherches approfondies des deux experts  »( J-L Viaux et M-C Gryson) par les magistrats de la Cour d'Appel de Rouen en formation disciplinaire en date du 22 Mai 2006. Il ne s'agissait pas d'expertise de « Femmes de ménage » l'interview isolé du contexte ne concernaient pas les expertises d'Outreau.

Pour ma part, psychologue clinicienne hospitalière puis en libéral et donc praticienne de terrain et formatrice depuis 30 ans, je rends compte de mon travail auprès des enfants victimes de cette affaire avec l'extrait de l'une des expertises que j'ai présentée à la Commission parlementaire dans mon ouvrage «Outreau la vérité abusée» publié en 2009 chez Hugo et Cie.

Par ailleurs, je décris ma méthodologie pour les professionnels dans l'ouvrage «  L'enfant agressé et le conte créatif  » publié en 2013 chez Dunod. J'y expose la quarantaine de critères de validation de la parole d'un enfant présumé victime d'agressions sexuelles à la lumière des travaux en victimologie et de l'expérience données par plus de 2 000 expertises d'enfants victimes (et d'adultes victimes enfant) et de très nombreuses années de thérapie de victimes de tous âges mais aussi d'agresseurs, dont de nombreuses ex-victimes.

Et comme certains journalistes présents lors du procès ont évoqué l'absence de cohérence des récits des enfants en se référant à leurs repères adultes, je parlerai de la manière dont j'ai pu analyser en tant que psychologue cette notion de cohérence qui fait partie des 40 critères étudiés. Cette simple démonstration suffira à démontrer au lecteur le sérieux et la rigueur de ce travail.

L'expert psychologue qui étudie la cohérence d'une révélation d'agressions sexuelles, l'évalue à 5 niveaux.

1- Cohérence au niveau du contexte de la révélation.

2- Cohérence de sa forme et de son contenu en fonction de l'âge du développement intellectuel et affectif, du fonctionnement de sa mémoire, de son rapport à la réalité, de la présence éventuelle d'autres traumatismes.

3- Cohérence en fonction de ce que l'on sait d'un récit d'enfant concernant un évènement qu'il a subi et sa spécificité en comparaison avec les récits d'évènements dont il a été témoin ou qu'on lui a racontés.

4- Cohérence du récit spontané par rapport à ce que l'on connaît en victimologie infantile des spécificités des récits traumatiques.

5- Cohérence en fonction des éléments du dossier et en l'occurrence comme ce fut mon cas, en comparant les récits de tous les enfants, mais aussi des adultes qui reconnaissaient les faits de viols en réunion.

Bien évidemment le Docteur Bensussan n'a pas lu mon ouvrage sur Outreau, c'est regrettable car il aurait peut-être hésité à exporter au niveau international une contre-vérité judiciaire dans l'intitulé même de sa publication :  « Le cas Outreau, fausses allégations d'abus sexuels  », dans la revue américaine Child Adolescent Psychiatric Clin N Am 20 (2011) 519–532. Il focalise ses attaques sur Marie-Christine Gryson-Dejehansart en reprenant comme des vérités les stratégies mensongères utilisées lors du procès de st Omer. Focaliser sur un professeur d'université ne le rendait pas crédible. On constate qu'il adhère ainsi à la stratégie du bouc émissaire à l'instar de la Défense, qui ne peut fonctionner en effet si on rappelle que 7 experts ont examiné les enfants : 2 sur ordonnance du Juge d'Instruction et 5 sur mandat discrétionnaire du Président des Assises. Les enfants Delay-Badaoui ont été expertisés 4 fois dont une fois en dualité d'experts. Les autres enfants ont été expertisés deux fois, en 2001, 2002 et 2004.

Il y a eu au total 34 expertises qui sont toutes allées dans le même sens comme l'a précisé le Président Monier lors de son audition devant les magistrats de l'Inspection des Services Judiciaires.

http://www.lasemainedansleboulonnais.fr/actualite/faits_divers/tribunal/2009/01/29/article_phr-971777.shtml

Rien de tout cela dans son article, en revanche lorsqu'il commence par "purely factual summary of this historical case" ("résumé purement factuel de ce dossier historique") il reprend en réalité des extraits entiers du livre de Florence Aubenas " La Méprise " comme le précise le Docteur Philippe Iacono dont je recommande l'article sur Le Dr Bensoussan.

On peut s'en étonner et avoir de sérieuses craintes sur l'objectivité de ce travail quand on sait que sa source référente était la journaliste Florence Aubenas qui avait contacté la défense plusieurs mois avant le procès, qui   n'avait jamais assisté à un procès d'assises et qui n'a aucune connaissance de la psychologie des agresseurs et encore moins des victimes. On est encore plus dubitatif quand on sait que, tout comme le réalisateur du film «Présumé coupable»,  elle a pris des libertés incroyables - c'est un euphémisme – avec la réalité des faits en plaçant par exemple dans son récit « les  accusés dans le box» alors qu'ils n'y étaient pas. Paul Bensussan aurait dû lire ce qu'elle dit elle-même de son travail de journaliste que je cite à la page 156 de «Outreau la vérité abusée» :

«Le travail d'un journaliste ne consiste souvent plus à rendre compte de la réalité, mais à faire entrer celle-ci dans le monde de la représentation[...] On triche pour faire voir.[...] Le réel n'est plus que cette chose fatigante et capricieuse qui semble vouloir faire capoter l'histoire qu'on a écrite pour lui.» (La fabrication de l'information, Florence Aubenas, Miguel Benasayag, La découverte 1999.)

Au final, le Docteur Bensussan qui reproche aux experts psychologues de s'asseoir dans le fauteuil du juge quand ils valident la parole d'un enfant, a pour sa part revêtu des vêtements qui ne sont pas ceux de l'expert, ce qui est très déstabilisant. On ne peut que constater qu'il a enfilé une robe d'avocat de la défense des avocats de la défense. Une robe fantomatique s'il en est… et qui doit faire peur aux enfants tout autant que la robe noire de l'avocat Eric Dupond-Moretti que Pascale Robert Diard a surnommé l'Ogre des assises ! ( voir cet article )

Celui-là est la bête noire des magistrats tandis que l'autre est la bête noire des associations de défense des enfants. Quand les deux sont réunis, comme c'est souvent le cas dans les procédures d'agressions sexuelles, le triomphe est assuré pour Acquitator !

Dans de telles configurations, les jurés devront avoir autant de sang-froid que ceux des assises de Saint-Omer pour entendre la souffrance des enfants et la traduction de leur traumatisme par les Experts Psychologues - ou Pédopsychiatres - afin de donner droit à leur statut de victimes, comme ce fut le cas lors du premier procès d'Outreau.

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