Le Hongrois Viktor Orban
recadre l'espace Schengen

Par Hélène Bienvenu

Le 22/04/2016  

Le premier ministre hongrois, maître dans son pays, parvient peu à peu à imposer ses idées sur les migrants dans l'espace européen.

Il présente depuis la semaine passée son projet « Schengen 2.0 ».

Viktor Orban a su devenir le chef de file des opposants à l'immigration en Europe.

« L'Europe ne peut devenir le nouveau logis de millions de nécessiteux à travers le monde. » Hostile à l'afflux de migrants dans l'espace de l'Union européenne, la déclaration, qui date de mardi 19 avril, n'étonne pas vraiment de la part de Viktor Orban .

Ce qui a marqué les esprits pourtant, c'est que le premier ministre hongrois l'a faite en Rhénanie-Palatinat, lors d'une visite privée à l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl, âgé de 86 ans.

Et que c'est une déclaration commune des deux hommes : le Hongrois, habitué à de tels propos, et l'Allemand, âgé, malade, retiré, mais qui demeure la figure tutélaire de nombreux Européens.

S'afficher avec Orban ne pose plus de problème

L'image les montrant côte à côte dit une chose : s'afficher avec ­Viktor Orban , le responsable politique qui a construit près de 200 km de barbelés aux frontières sud de son pays, ne pose plus de problème en Europe.

De paria à l'échelle du continent, le premier ministre hongrois a su devenir le chef de file de l'influent « groupe de Visegrad  » – qui rassemble la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Pologne. Le premier ministre britannique ­David Cameron ou Horst ­ Seehofer , le ministre-président bavarois, lui ont notamment rendu visite en 2016 à Budapest.

Viktor Orban défend actuellement son projet dit « Schengen 2.0 », présenté vendredi dernier à Lisbonne: une série de mesures pour sauvegarder les frontières extérieures de l'UE que l'intéressé, fustigeant l'inaction « de Bruxelles » , juge essentielles.

Il a su gagner le respect de beaucoup

« Au niveau européen, Viktor Orban a su gagner le respect de beaucoup. Sa rhétorique et sa politique en matière d'immigration ont fait des émules, notamment en Autriche », avance Tamas Lanczi, analyste au sein du think tank (laboratoire d'idées) Szazadveg, proche du gouvernement. Il est vrai que l'homme politique est doué.

Sa victoire écrasante aux élections législatives de 2010 – après huit années de gouvernement socialiste à Budapest, ternies par la crise économique et divers scandales – a atténué chez lui l'amertume de sa défaite de 2002, laquelle avait mis fin à ses quatre premières années à la tête du gouvernement.

Dès ses débuts, il avait cherché à s'inscrire dans l'histoire. En 1989, à la suite d'un semestre d'études à Oxford, il s'illustre par un discours réclamant le départ des troupes soviétiques. L'année précédente, étudiant en droit, il cofonde le Fidesz – l'Alliance des jeunes démocrates – dont il est toujours le leader incontesté.

Un pays réformé à sa guise

C'était un «  très bon communicant, déjà, qui se définissait comme un libéral agnostique » , se souvient Istvan ­ Hegedus , qui dirige actuellement la Société hongroise pour l'Europe, mais qui l'avait d'abord accompagné avant de s'éloigner. La rupture date de 1994, l'année du tournant politique de Viktor Orban , qui profite d'un espace laissé vacant à droite de l'échiquier politique.

Depuis 2010, avec un Parlement aux deux tiers acquis à sa cause, il réforme le pays à sa guise : nouvelle constitution, loi sur les médias, audiovisuel public relais du gouvernement… Les remontrances de Bruxelles ne l'obligent qu'à revoir les détails de sa copie.

Il sait se saisir des occasions. Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, alors qu'il est au plus bas dans les sondages et qu'une route migratoire se dessine dans les Balkans, il adopte une position réfractaire à l'immigration, martelée à renforts d'affichages publics.

« Il sait défendre les Hongrois »

Il incarne dès lors celui qui « sait défendre les Hongrois », selon les mots d' Erzsebet Lagosi, retraitée de 68 ans, admirative de la politique du premier ministre vis-à-vis des migrants, et qui reprend à son compte ses raccourcis: « Ces gens sont d'une autre religion, incapables de s'adapter. J'ai peur que la Hongrie disparaisse à l'avenir… »

Viktor Orban « défie la sagesse conventionnelle », selon Csaba Toth, politologue du think tank Republikon intezet . « Populiste, il n'en respecte pas moins la règle de la majorité et du peuple souverain. Mais il fait peu de cas de la séparation des pouvoirs, ni des institutions de contrôle démocratique, sous sa coupe à l'exception de la justice. »

Après bientôt six années au pouvoir, il reste l'homme politique le plus populaire de Hongrie. « Ni la gauche, trop fragmentée, ni le Jobbik – l'extrême droite – n'ont su profiter des récentes erreurs du Fidesz conduisant à l'ire des enseignants ou du secteur de la santé », conclut Tamas Lanczi, de Szazadveg.

Source : ‘La Croix'

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