L'Occident est-il responsable de la mort de quatre millions de musulmans, comme l'affirme Onfray ?

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Notre philosophe est donc parfaitement fondé à dire que c'est nous qui avons planté la haine dans le cur des terroristes et que nous récoltons, en retour, ce que nous avons semé.

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Par Christophe Servan

Gestionnaire de fonds d'investissement

Le 29 novembre 2015

Mis en cause après son apparition inopinée dans une vidéo de Daech, Michel Onfray a tenu à répondre à ses détracteurs. Interrogé sur LCI , il a notamment mentionné que, depuis 1990, l'Occident avait été responsable de la mort de quatre millions de musulmans. Qu'en est-il exactement ? Michel Onfray n'a pas eu de mal à trouver cette information, elle est relayée par une bonne dizaine de sites sur Internet, quasi tous en anglais. Mais ce qui est important, ce sont les sources et celles-ci sont au nombre de trois.

Il y a d'abord un rapport de 97 pages produit en mars 2015 par le groupe Physicians for Social Responsibility, une ONG basée à Washington qui s'honore d'avoir reçu le prix Nobel de la paix en 1985. Cette étude a repris de fond en comble, jour par jour, village par village, charnier par charnier, les différentes estimations connues jusqu'à présent, celles du rapport Iraq Body Count , celles du Lancet et celles du New England Journal of Medicine . Elle conclut que l'invasion de l'Irak en 2003 s'est soldée par (au minimum) un million de morts, auxquels il faut rajouter 230.000 Afghans et 80.000 Pakistanais du fait des frappes en Afghanistan pendant la même période. Si l'on en croit le Dr Hans von Sponeck, l'ancien bras droit de Kofi Annan à l'ONU, cette étude serait « une contribution majeure à réduire l'écart entre le bilan réel de la guerre et les estimations tendancieuses voire frauduleuses jusque-là connues ».

Il y a ensuite les victimes des sanctions infligées à l'Irak au lendemain de la première guerre du Golfe. Tout le monde a en tête la phrase de Madeleine Albright, je n'y reviens pas. Le chiffre retenu par les sources de Michel Onfray est de 1,7 million de morts dont une moitié d'enfants, mais le consensus est plutôt autour d'un million avec la même proportion d'enfants.

Il y a, enfin, le théâtre d'opérations afghan entre 1980 et 2001, avec encore (au minimum) un million de morts selon de nombreuses sources concordantes. Notons, ici, que c'est la Russie héritière de l'URSS qui est le principal état incriminé.

Bref, si Michel Onfray avait été plus rigoureux, il aurait dû dire qu'au moins deux millions de musulmans sont morts au cours des vingt-cinq dernières années du fait de l'intervention de l'Occident (sans la Russie) au Proche-Orient. Est-ce que cela fait une différence ? Non, et notre philosophe est donc parfaitement fondé à dire que c'est nous qui avons planté la haine dans le cur des terroristes et que nous récoltons, en retour, ce que nous avons semé. Pierre Conesa ne dit, d'ailleurs, pas autre chose sur Boulevard Voltaire lorsqu'il affirme « C'est nous qui avons déclaré la guerre  » Alors, que devons-nous faire ? Répondre aux attentats de Paris par la guerre ? C'est reproduire la riposte au 11 septembre : à long terme, on ne résoudra rien et le terrorisme en sortirait même renforcé. Négocier, comme le propose Onfray ? Est-ce possible avec des fous ? N'est-ce pas trop tard pour les ramener à la raison ?

Peut-être pourrions-nous commencer par définir qui est ce « nous », en l'occurrence un groupe de va-t-en-guerre très présent au sein de l'ancienne administration Bush, et encore actif aujourd'hui à Washington, un groupe qui avait comme projet d'envahir l'Irak dès janvier 2001, avant de renverser les gouvernements de toute une série d'États arabes. Peut-être devrions-nous tenter de l'empêcher, eux et leurs amis en Europe, d'exercer la moindre influence politique ?

Source : 'Boulevard Voltaire'

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