Condamné pour agressions sexuelles,
le maire (LR) attaque sa victime en diffamation

Par Louise Colcombet, envoyée spéciale à Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d'Or)|

Le 31 janvier 2017


Le maire de Chevigny-Saint-Sauveur, condamné pour
des agressions sexuelles, attaque sa victime en diffamation.
 

A Chevigny-Saint-Sauveur, on pensait l'affaire terminée. « Quoi, il a encore des histoires, le maire ? », s'étonne ainsi un habitant de cette commune de 10 000 habitants proche de Dijon (Côte-d'Or). A l'issue d'un procès accablant, l'édile avait été condamné le 9 juin dernier à un an de prison avec sursis pour des agressions sexuelles aggravées commises sur une employée de la ville, entre 2013 et 2014. S'il a renoncé à faire appel de cette condamnation, Michel Rotger, maire (LR) de Chevigny, continue pourtant de clamer son innocence, et refuse de quitter son poste.

Il est même à l'offensive : il compte bien réclamer des dommages intérêts à Leïla R.*, sa victime, jugée ce mardi à Paris pour diffamation. En cause : trois messages postés par celle-ci sur Facebook, fin 2014, qu'il juge insultants. « Ils ont dû être vus par 30 personnes au maximum, c'est dire si le préjudice est minime », ironise Me Elodie Tuaillon Hibon, avocate de Leïla R. Comme elle, l'association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), partie civile au procès de Michel Rotger, dénonce un « acharnement judiciaire » et un bras de fer inégal entre et une modeste lingère et un élu, pourtant condamné, qui reste son employeur.

La victime a quitté la ville de Chevigny

Pour cette nouvelle procédure, Michel Rotger a ainsi obtenu la prise en charge de ses frais d'avocat par la commune, un droit qu'il refuse à sa victime dans l'affaire d'agressions sexuelles. De même, la mairie n'a toujours pas reconnu la dépression de Leïla, consécutive aux faits, comme une maladie professionnelle, lui occasionnant d'importantes pertes de salaire. « En restant à son poste de maire, il l'empêche d'exercer ses droits et garde une forme d'emprise », dénonce Laure Ignace, de l'AVFT.

Une situation que Leïla, qui a préféré quitter Chevigny après avoir essuyé propos racistes et sexistes, vit « tant bien que mal », détaille Me Tuaillon Hibon. «Si elle tient encore debout, c'est parce que la justice a reconnu qu'elle n'était pas une menteuse ». Dans les rues de cette ville de banlieue à l'urbanisme sans charme, nombreux sont pourtant ceux qui continuent à voir dans toute cette affaire un complot politique.

Localement, l'affaire des frais d'avocat a bien provoqué quelques remous politiques. « Cette affaire le concerne à titre privé et ne doit donc pas être financée par les habitants de Chevigny», estime Louis Legrand, chef de file de l'opposition PS, qui a saisi la préfecture. En vain jusqu'ici. «C'est à désespérer », s'indigne une habitante, « révoltée » par le comportement de Michel Rotger. « Le problème, analyse-t-elle, c'est qu'ici, personne n'osera jamais se mouiller contre lui. Ils se disent tous : ‘si un jour, j'ai besoin d'une subvention'... »

Sollicités, ni Michel Rotger ni son avocat n'ont souhaité s'exprimer.

*Le prénom a été modifié.

Un élu toujours très soutenu 

Dans la rue, on n'en parle que prudemment, à voix basse. Quant aux commerçants, pas question pour eux d'évoquer « l'affaire » devant les clients. Trop sensible. A Chevigny-Saint-Sauveur, tout le monde a pourtant bien un avis sur les déboires judiciaires du maire. Souvent le même, d'ailleurs. «C'est politique tout ça, c'est évident !», assure ainsi un habitant, installé dans la commune depuis trente ans. Comme lui, beaucoup se souviennent que Michel Rotger avait été placé en garde à vue trois jours seulement avant le premier tour des municipales de mars 2014. Soupçonnant l'opposant divers droite d'être à la manoeuvre, les colistiers de Michel Rotger avaient hurlé au complot, organisant une manifestation de soutien la veille du scrutin aux cris de « halte à la calomnie».

Depuis, Michel Rotger a confortablement gagné les élections, l'enquête écarté toute machination, et le maire été condamné. Qu'importe, pour de nombreux habitants, ce dernier reste une « victime ». « Il ne ferait jamais ça », veut croire Jacqueline, la soixantaine fringante. « C'est une aguicheuse qui couchait déjà avec l'ancien maire ! » assène-t-elle. « Et puis quoi ? Ca ne donne pas un droit de cuissage au successeur », s'étrangle,à l'inverse, une autre habitante. « C'est téléguidé », persiste un commerçant, persuadé que les témoins de l'une des agressions sexuelles ont été « payés 5000€ à 10000€ chacun » par l'élu divers droite. « Il a beaucoup d'argent », ajoute-il sans ciller. Depuis le procès, d'autres ont nuancé leur propos, estimant qu'il y a « peut-être eu quelque chose », mais « téléguidé ». « Ils l'ont piégé. Comme DSK », fait ainsi remarquer ce retraité, pour qui l'affaire est entendue. « Vous savez, philosophe-t-il, quand on met une poule, le renard finit toujours par la croquer ! »

Source: 'Le Parisien'

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