Allemagne: Merkel devant les ruines
de sa politique migratoire.

Par Hildegard von Hessem am Rhein

Le 30 septembre 2015

Dimanche, ce n'est pas la chancelière qui annonce la fermeture de ses frontières. Merkel envoie son ministre de l'Intérieur affronter micros et caméras. Elle sait très bien, la patronne de la CDU, pourquoi il lui faut rester « sous couvert » . Ce sont bien ses actes irresponsables qui ont conduit l'Allemagne dans cette crise profonde. Un sondage EMNID pour la chaîne N24 publié en fin de semaine dernière est éloquent : 64 % des Allemands estiment que «  Mutti  » ne maîtrise pas sa politique migratoire, 24 % estiment que cette politique est très mauvaise, 38 % que cette politique est plutôt mauvaise…

Sans avoir saisi le Parlement ou le peuple, Merkel a grand ouvert les vannes direction « Germany » . Les accords de Dublin furent de facto pulvérisés. Des milliers prirent d'assaut les trains vers l'Allemagne. Ses discours irréalistes, que la RFA pourrait accueillir sans limite les réfugiés en provenance du Moyen-Orient, ont créé un appel d'air sans précédent. Le « Nous pouvons maîtriser » de Merkel s'est effondré devant la dure réalité. Les choses sont désormais hors contrôle.

La restauration des frontières est destinée à enfumer le peuple et lui faire croire que le gouvernement maîtrise la situation. Si cela était le cas, les frontières auraient été fermées depuis des mois pour les demandeurs d'asile. Hélas, l'Allemagne n'y arrive plus. Le contrôle de la situation vient de glisser des mains de Merkel . La mise en place de quelques douaniers n'arrêtera pas ce tsunami vers l'Allemagne. Que ce soit en Syrie, en Afghanistan, en Irak, dans les camps de réfugiés, les rumeurs vont bon train sur la générosité allemande. « Les Allemands vont nous construire des maisons »  : c'est ce que l'on croit là-bas.

Et maintenant, Madame Merkel  ? Que va faire le gouvernement, si le chaos s'installe en Autriche, parce que les réfugiés n'arrivent plus assez vite en Allemagne ? Que fera encore le gouvernement si, en Hongrie, des émeutes explosent, dues à des réfugiés dont les illusions sont déçues ? Et, que fera le gouvernement lorsque les médias montreront encore une fois, en gros plan, des enfants aux grands yeux qui veulent aller en « Germany »  ?

Cela fait bien longtemps que Merkel n'a plus de politique rationnelle sur le sujet. À la chancellerie, ces dernières semaines, on estimait devoir continuer une politique bienveillante : «  Refugees welcome  » . Mais cela ne pouvait pas fonctionner. D'abord, ce sont les communes qui croulaient sous la charge, ensuite les gouvernements des länder et, maintenant, les effets se font sentir au sein de la coalition.

La chancelière vient de mener l'Allemagne hors jeu. Elle appelait les demandeurs d'asile en Allemagne, pour ensuite les répartir selon la politique des quotas vers des pays plus pauvres comme la Pologne et la Tchéquie. Pas étonnant que Prague, Budapest et Varsovie brandissent le carton rouge envers le gouvernement fédéral. Pourtant, c'était bien Viktor Orbán qui alertait le premier sur cette folle politique. Il montrait l'exemple en construisant une clôture entre son pays et la Serbie.

Cette « fermeture provisoire » des frontières de l'Allemagne n'apportera aucune solution à la crise, à part une courte pause pour respirer. Et ensuite ? Merkel n'a probablement pas la réponse à cette question. Elle se trouve devant les ruines de sa propre politique. Et le gouvernement français ferait bien de voir les choses ainsi, au lieu de béatement estimer que Merkel mérite le prix Nobel de la paix.

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