Macron épinglé par le fisc
après avoir sous-estimé sa fortune

L'administration fiscale a réévalué la valeur du patrimoine du ministre de l'économie, qui se retrouve ainsi assujetti à l'ISF.

LE MONDE | 01.06.2016

Par Patrick Roger

Emmanuel Macron, à Matignon, le 28 mai.

Rattrapé par la patrouille. Emmanuel Macron, selon les informations publiées par Mediapart et Le Canard enchaîné, a dû réévaluer la valeur de son patrimoine et effectuer une déclaration rectificative auprès de l'administration fiscale, portant sur les années 2013 et 2014. Le voilà du coup redevable, rétroactivement, de l'impôt de solidarité sur la fortune ( ISF ). Le rattrapage, cependant, selon Mediapart, ne devrait pas excéder 10 000 euros.

Lorsqu'il a été nommé ministre de l'économie, en août 2014, l'ancien banquier, associé-gérant chez Rothschild, a dû établir , comme tout nouvel entrant au gouvernement, une déclaration de patrimoine auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), créée en janvier 2014 à la suite de l'affaire Cahuzac et chargée de veiller à « la probité et l'exemplarité des responsables publics ».

« Je ne suis pas pour la société du déballage »

Selon sa déclaration, la valeur totale de ses actifs est inférieure à 1,3 million d'euros, seuil de déclenchement de l'ISF. Le néoministre, ciblé médiatiquement et politiquement pour son passé de banquier d'affaires et les revenus élevés qu'il a tirés de ses activités, n'est donc pas assujetti à l'ISF. Et le fait savoir . L'administration fiscale, saisie de sa déclaration à la HATVP, ne le voit pas de cet il. Elle juge sous-évaluée la valeur de certains biens. Ce qui vaut au ministre de l'économie, rétrospectivement, de basculer dans le camp des « riches ». Une histoire presque ordinaire si le ministre de l'économie, qui a à de multiples reprises exprimé tout le mal que lui inspire l'ISF, ne semblait à cette occasion avoir « bidouillé » les choses à sa manière. Pas tout à fait la « transparence » dont il se fait le chantre.

Alors, comme souvent dans ces cas-là, M. Macron, interpellé mardi 31 mai à l'occasion d'un déplacement dans le Nord, s'est posé en victime d'une cabale destinée à le « déstabiliser » , le « fragiliser » et « salir [son] action » . « Je suis en règle, je peux vous le confirmer aujourd'hui, mais je ne suis pas pour la société du déballage », s'est défendu le ministre, accusant implicitement « certains services ou certains responsables » d'avoir « brisé le secret fiscal » . « Je ne suis dupe de rien, sachez-le. Je ne suis pas naïf. Il n'y a pas de coïncidences », a-t-il martelé, assurant que « cela ne fait que conforter [sa] détermination ».

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