Jeannette Bougrab, les combats
d'une femme blessée.

Jeannette Bougrab ne désarme pas face à l'islamisme et règle ses comptes
quatre mois après l'attentat contre « Charlie Hebdo ».

Didier Micoine | 15 Mai 2015

L'ex-secrétaire d'Etat continue ses luttes pour le droit des femmes et la laïcité. Elle le prouve et le clame dans « Maudites ».
L'ex-secrétaire d'Etat continue ses luttes pour le droit des femmes et la laïcité.
Elle le prouve et le clame dans «Maudites ».

Attablée dans une brasserie proche du Conseil d'Etat, sous l'il attentif d'un officier de sécurité assis à quelques mètres, Jeannette Bougrab boit à petites gorgées son thé à la menthe. « Moi, je continue à parler du Prophète, personne ne me fera taire », lance-t-elle avec bravade.

Si Luz, le dessinateur de « Charlie Hebdo », a décidé de ne plus caricaturer Mahomet, l'ex-secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy n'est pas du genre à renoncer à ses combats pour le droit des femmes et la laïcité. Elle le prouve dans « Maudites »*.

Ce livre, dont le titre est une référence au fait de naître fille dans le monde arabe, elle l'a d'abord écrit pour sa mère, qui est en train de mourir. Elle retrace le parcours de Zohra, mariée de force à 13 ans en Algérie, maltraitée et restée illettrée. « Elle a tout fait pour me pousser à étudier, pour que j'aie une vie meilleure », insiste Jeannette Bougrab.

Dans « Maudites », elle s'insurge contre les mariages précoces encore fréquents dans les pays musulmans. Pour les justifier, les islamistes citent volontiers Mahomet, qui aurait épousé Aïcha, sa deuxième femme, alors qu'elle n'avait que 6 ans. Mettre « un enfant dans le lit d'un adulte, tout Prophète soit-il », est inacceptable pour Bougrab, qui écrit : « Est-il blasphématoire de dire qu'il faut se détacher des pratiques archaïques de l'Arabie du VII e  siècle ? »

Leur liaison discrète révélée au grand jour

« Maudites », qui retrace aussi son propre parcours d'enfant de harkis, aura également été une thérapie pour Jeannette Bougrab. Et l'occasion de solder quelques comptes. En janvier, elle a été touchée au cur après l'assassinat de Stéphane Charbonnier, alias Charb, le directeur de « Charlie Hebdo ». Le livre raconte cette rencontre improbable entre l'ex-ministre sarkozyste et le dessinateur communiste . Leur combat commun pour la laïcité et leur histoire d'amour. Leur liaison était discrète, et sa révélation par l'intéressée, la voix brisée par la douleur, sur le plateau de BFM, après l'assassinat de Charb, a eu un effet dévastateur.

Dans son livre, elle explique que c'est son ami Richard Malka, avocat de « Charlie Hebdo », qui, fou de chagrin et épuisé de courir les plateaux, lui avait demandé d'aller à BFM. Cela vaudra à l'intéressée une mise au ban par la famille de Charb et un déferlement de haine sur les réseaux sociaux. « Une lapidation par voie de presse », écrit-elle, dénonçant « un entourage possessif, exclusif, intolérant, un clan d'aboyeurs ».

«On a voulu me salir, et pire encore salir notre relation»

On l'a accusée d'être une menteuse, une mythomane. Son crime ? Etre une femme de droite et avoir écorné l'image de Charb en disant qu'elle l'aimait « pour sa douceur, sa gentillesse, sa timidité, loin du portrait de queutard sans attaches, sans foi ni loi décrit par eux », écrit-elle. « On a voulu me salir, et pire encore salir notre relation ; et ça, jamais je ne le pardonnerai... » Anéantie, cloîtrée chez elle, elle a même tenté d'en finir. Et puis elle a écrit ces pages, intimes et émouvantes, pour faire ce deuil dont on a cherché à l'exclure. Dans cette période difficile, Sarkozy ne l'a jamais lâchée. « Il prend régulièrement de mes nouvelles », sourit-elle. « Protège-toi, nous t'aimons », lui a-t-il glissé.

Aujourd'hui, Jeannette Bougrab a repris ses activités au Conseil d'Etat. Cependant, elle a décidé de quitter la France et a accepté pour la rentrée un poste de conseiller culturel à l'ambassade de France à Helsinki, en Finlande. Si elle ne baisse pas les bras face à l'islamisme et à la radicalisation de jeunes musulmans qu'elle dénonce depuis des années, elle a besoin de s'éloigner, de prendre du champ. Un « exil » provisoire, car elle ne renie rien de ses convictions ni de ses combats.

* Jeannette Bougrab, « Maudites » , Albin Michel, 240 pages, 18 €.

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