La bulle financière du
schiste américain explose.

Le schiste sera né sous Obama et pourrait s'éteindre en même temps que son règne. Paradoxal pour un président qui voulait protéger le climat et l'économie.

Par Laurent Horvath.

Economiste.

Le 15 février 2016

Il y a deux ans, qui aurait pu imaginer telle débâcle ? Wall Street, la Banque fédérale américaine et les banques privées continuaient de déverser des centaines de milliards de dollars dans un secteur qui promettait des gains substantiels.

La révolution du gaz et pétrole de schiste américain de 2009-2015 a été conduite par des petites et moyennes entreprises qui ont financé leur croissance avec des emprunts à hauteur de 113 milliards de dollars en actions et 241 milliards de dollars en obligations. Aujourd'hui, elles s'écroulent sous leurs dettes, d'autant que peu d'entreprises sont rentables au-dessous de 50 dollars le baril.

Comme dans toutes les bulles spéculatives, beaucoup d'investisseurs sont entrés dans ce business sans en comprendre les mécanismes. Grâce à l'entremise des banquiers, les producteurs ont réussi à lever des sommes astronomiques alors qu'aucun d'entre eux n'aura pu démontrer une quelconque rentabilité. Même en Europe, les grandes institutions financières comme BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Deutsche Bank, UBS se sont engouffrées dans la brèche aux côtés des bancaires américaines.

Paradoxalement, c'est le schiste lui-même qui s'est suicidé. En quelques années, la production pétrolière américaine est passée de 5,1 millions de barils par jour au début de 2009 à 9,7 millions de barils par jour. Cette augmentation massive a déstabilisé les marchés qui étaient jusque-là régulés, à bien plaire, par l'Arabie saoudite. Au lieu de réduire leur production, l'industrie de schiste est contrainte de maintenir sa production afin de pouvoir rembourser a minima les intérêts de la dette. Prises dans ce piège, les faillites se succèdent et la prochaine échéance bancaire du mois d'avril s'annonce apocalyptique.

Les dégâts sur le schiste sont de deux sortes. L'industrie a perdu plus de 100.000 emplois et il n'est pas dit que tout ce beau monde ose retenter l'expérience quand le cycle repartira.

Deuxièmement, les investisseurs n'avaient pas comptabilisé le facteur risque dans leurs investissements et cette prime se retrouvera au sommet de la liste à l'avenir. Ainsi, les financements seront susceptibles d'être plus rares et onéreux. L'impact sur la grande majorité des investisseurs, qui ont perdu beaucoup d'argent, devrait avoir un effet durable. D'autant que, durant la même période, les retours sur investissements dans les technologies propres, dites cleantech , ont augmenté de 11,3 %.

Lors de la crise de 2008, l'immobilier américain avait plongé les marchés dans une profonde crise, et aujourd'hui, les États-Unis reviennent avec des investissements encore plus toxiques dans l'énergie. Bien que les montants soient inférieurs, ils bousculent à nouveau l'économie mondiale et les institutions financières européennes décidément indomptables, incompétentes et incorrigibles.

Le schiste sera né sous Obama et pourrait s'éteindre en même temps que son règne. Paradoxal, pour un président qui voulait protéger le climat et l'économie.

Source: 'Boulevard Voltaire'

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