Le FN doit-il finalement
abandonner la sortie de l'euro ?

Depuis sa création l'Euro a perdu 40 % de sa valeur vis-à-vis du franc suisse.

Le 3 mai 2016

Par Christophe Servan 

Les Français sont attachés à l'euro, semblent nous dire les sondages, et même à une large majorité. Parmi les sympathisants FN aussi, le rejet de la monnaie unique – encore majoritaire – semble en recul. Les instances dirigeantes du parti ont beau clamer que sortir de l'euro est toujours à leur programme, force est de constater que le sujet a été mis en sourdine, du moins publiquement. Le FN doit-il, en fin de compte, abandonner son projet de sortir de l'euro ?
 
Tout d'abord, méfions-nous des sondages. On peut vouloir quelque chose juste pour éviter le pire et, dans ce cas, parler d'attachement est totalement abusif. Demandez aux Taïwanais ce qu'ils pensent d'une indépendance de jure (car de facto c'est acquis depuis longtemps) de leur pays, ils répondront qu'ils y sont opposés à 70 %. Posez la même question avec l'hypothèse où la Chine leur laisserait le champ libre, c'est oui à 90 %. Que diraient les Français s'ils avaient la garantie qu'une sortie unilatérale de la zone euro ne serait pas combattue par les autres États membres ?

Ce constat renvoie à une question trop souvent éludée par les partisans de la sortie de l'euro (Sapir, Todd) qui, de bonne foi, nous expliquent qu'il n'y a pas de difficulté technique insurmontable à mener à bien cette entreprise.

Théoriquement, c'est juste, mais c'est aussi oublier la détermination de nos voisins à nous en empêcher, et au cas où nous y parviendrions, à nous en faire payer le prix, et c'est peu dire que les 170 milliards d'euros que la France doit emprunter chaque année sont une vulnérabilité majeure.

Une sortie concertée n'est déjà pas une chose simple, une sortie à couteaux tirés avec le reste du monde serait catastrophique (nos créanciers exigeraient le remboursement de notre dette en euros sous peine de ne pas accepter le franc en monnaie de paiement de nos importations).
 
Faut-il alors y renoncer ? Certainement pas. Une monnaie unique dans un espace culturel et économique hétérogène avec des pays qui mènent chacun leur politique fiscale et qui tiennent une comptabilité propre à chacun d'eux est totalement absurde.

L'argument maintes fois répété selon lequel la zone euro correspond à une phase intermédiaire devant favoriser une convergence économique avant une intégration politique complète ne tient plus. Si vous en doutez, alors ouvrez les yeux : depuis sa création, l'euro a perdu 40 % de sa valeur vis-à-vis du franc suisse, monnaie du seul pays d'Europe occidentale qui ne fait pas partie de l'Union européenne.

Loin d'être une monnaie refuge, l'euro fait peur. Pour justifier sa politique d'accueil aux migrants, l'Allemagne invoque son manque de main-d'œuvre. Or, il y a dans le sud de l'Europe, depuis plus de dix ans, près de 15 millions d'Européens en recherche d'emploi. L'Europe du travail n'existe pas. Jamais l'Allemagne n'a dominé ses partenaires européens autant que depuis la création de l'euro. L'euro, contrairement à ce qui était prévu, accentue les disparités au sein de la zone. Enfin, le Royaume-Uni ne fera jamais partie d'une Europe fédérale, c'est définitif. Or, s'il y a Brexit , les Pays-Bas suivront les premiers, puis la France.
 
L'Europe fédérale ne se fera donc jamais, ou alors de force, ce qui revient au même. Si le projet fédéraliste est mort, l'euro n'a plus lieu d'être. Que quatre ou cinq États membres parviennent à cette conclusion et le démembrement de tout le système se fera sans heurts. Inutile, donc, d'en parler aujourd'hui.

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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