François Fillon, ou l'innocence
assassinée dans l'urgence…

Le 31 janvier 2017

Par Nicolas Gauthier

Il n'y a guère que François Fillon, reine d'un jour des Manifestants pour tous, pour manquer à tel point de sens commun…

Il paraît qu'à l'école, entre initiation au « prédicat » et ABCD de l'égalité, nos petites têtes plus ou moins blondes seraient également formées à la lutte contre ce complotisme diffusé sur Internet et autres téléphones arabes.

En la matière, les filles de joie repenties font décidément d'excellentes rosières ; preuve par François Fillon, piaillant contre manœuvres en forme de « boules puantes » et possibles « manipulations » visant sa chère épouse, Penelope. Épouse qu'il « aime », à en croire son meeting de ce dimanche dernier.

Indubitable preuve de l'obscure machination, ces propos, tenus sur BFM TV  : « Imaginez un seul instant que Le Canard enchaîné ait donné cette information entre guillemets […] et l'après-midi-même, le parquet financier ouvre une enquête. C'est d'une extrême rapidité de justice. On n'avait pas vu que le quinquennat de monsieur Hollande avait donné tant de moyens pour qu'on aille aussi vite ! »

À défaut de répondre sur le fond, voilà que l'homme de la rigueur s'emmêle les pinceaux sur la forme, sachant qu'en matière de vélocité judiciaire, les exemples ont été plus que nombreux sous le mandat hollandais. Et Libération de rappeler qu'il y a tout juste un mois, le parquet national financier ne fut pas moins rapide à ouvrir une enquête, à la suite des révélations de Mediapart relatives au « Football Leaks  ». Tout comme il fut aussi prompt à diligenter une procédure de justice dès la publication, par Le Monde , de révélations concernant une autre affaire : celle des « Panama Papers  ».

L'année dernière, et ce, dans le même registre, les instances judiciaires se la jouèrent façon Speedy Gonzales lorsque Robert Ménard, le lundi 4 mai 2016, évoquait sur France 2 le nombre d'élèves musulmans dans sa ville de Béziers. Ni une ni deux, c'est la mairie qui était perquisitionnée dès le lendemain, histoire de mettre la main sur d'hypothétiques fichiers « musulmans ».

Las, même Le Midi libre , quotidien pas forcément le plus tendre vis-à-vis du premier des Biterrois, dut reconnaître que « les perquisitions effectuées par les enquêteurs du SRPJ de Montpellier avaient été infructueuses ».

On notera, de plus, qu'il n'y a pas que pour François Fillon que notre justice enclenche la surmultipliée. Un jeune Breton s'en souvient encore qui, pour un simple soufflet porté sur l'auguste joue de l'ancien locataire de Matignon, fut jugé et condamné à trois mois de prison avec sursis dans la journée. L'humoriste Dieudonné s'en souvient tout aussi bien qui, lui aussi, devait être traîné devant les tribunaux avant que le soleil ne se couche.

Bref, il n'y a guère que François Fillon , reine d'un jour des Manifestants pour tous, pour manquer à tel point de sens commun ; et que lui pour croire qu'il serait une sorte de « candidat anti-système  », en proie à une machine judiciaire aussi aveugle que totalitaire. Un peu comme un Philippe de Villiers se présentant comme celui de la « grande dissidence », à peu près aussi crédible qu'un homard gonflable exposé dans le château du Roi-Soleil.

Cette affaire, c'est finalement Marc Joulaud , maire de Sablé-sur-Sarthe, ancien suppléant de François Fillon au Parlement et principal employeur de son épouse Penelope, qui en parle le mieux, sachant qu'il évite justement d'en parler. Cité par Le Parisien , un de ses proches administrés affirme : « J'ai le sentiment qu'il préfère se taire plutôt que de ne pas dire la vérité. » Et un autre de glisser : « Personne n'imagine un seul instant qu'il ait pris la décision seul d'embaucher Penelope Fillon. Il doit toute sa carrière politique à François Fillon. Sans doute doit-il attendre ses consignes avant de parler. »

Cela dit, et ce, juste histoire de rendre service, je veux bien écrire un article sur le sujet, ailleurs qu'à Boulevard Voltaire, à condition toutefois qu'il me soit payé cinquante mille euros ; ce que palpait, en gros, Penelope à la Revue des deux mondes pour rédiger une note de lecture d'un feuillet – soit à peu près le double rédactionnel d'une carte postale –, consistant à recopier la quatrième de couverture d'un livre qu'elle n'avait certainement pas lu. François, si tu me lis, et au point où tu en es…

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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