Les prisons françaises sont devenues
des poudrières insalubres

Le 18 décembre 2016

Par François Teutsch

Le rapport du Contrôleur général des prisons à propos du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) donne froid dans le dos.

La prison n'est pas un lieu de plaisir et de détente. Elle a pour double fonction de mettre provisoirement hors d'état de nuire des criminels ou des délinquants, et également, par la privation de liberté, de punir les personnes coupables de tels actes. Elle n'est ni un organisme de réinsertion, ni une école derrière les barreaux, même si on peut souhaiter qu'un passage entre ses murs permette au prisonnier de s'amender.

Si l'on considère que la place des criminels est en prison, cela n'exclut nullement que leur séjour – parfois long – en milieu carcéral se fasse dans des conditions d'hygiène et d'humanité inhérentes au respect de la dignité humaine. Et, à ce sujet, le rapport du Contrôleur général des prisons à propos du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) donne froid dans le dos.

Comme nombre d'établissements du même genre en France, celui-ci est avant tout vétuste. La politique budgétaire mise en œuvre depuis des années n'a jamais privilégié l'entretien et la rénovation des prisons, alors que la population carcérale a fortement augmenté (+52 % à Fresnes en dix ans). Les prisons sont donc vieilles, sales et surpeuplées, avec un taux d'occupation de 188 % à Fresnes, soit fréquemment 3 détenus dans un espace de 10 m². Et la politique pénale tendant à vider les prisons n'a pas eu les résultats attendus, compte tenu de l'augmentation de la délinquance. En clair, on met moins souvent en prison un nombre de plus en plus important de personnes.

D'où la hausse.

Mais à Fresnes, les conditions d'hygiène sont littéralement effrayantes : c'est ainsi que les contrôleurs ont constaté l'omniprésence des rats dans les cours de promenade, à tel point que les détenus ne s'y assoient plus. Ces aimables rongeurs sont attirés par les déchets de nourriture jetés par les fenêtres par des prisonniers manifestement insatisfaits des qualités culinaires du maître queux. Et, comme à une lointaine époque – du moins en France -, les déchets sont vidés directement à l'extérieur. Les punaises de lit ont également élu domicile dans les matelas, dans une proportion telle que la direction ne sait comment s'en débarrasser. L'hygiène des détenus s'en ressent, et s'il suffisait de leur imposer une douche quotidienne, ce serait très simple. Mais comment faire lorsque les équipements sanitaires sont anciens, insuffisants en nombre, que les toilettes sont situées dans les cellules, séparées par une demi-cloison du reste de la pièce, avec les conséquences que chacun imagine ?

Enfin, la violence est omniprésente. Non seulement les détenus se montrent de plus en plus agressifs – ce qui n'est pas imputable qu'à leur personnalité – mais encore les surveillants eux-mêmes (en sous-effectif chronique, un « maton » pour 110 détenus) se montrent parfois inutilement violents envers les détenus. Et les incidents se multiplient, comme en témoigne le nombre d'audiences consacrées à ces faits devant les tribunaux.

Les prisons sont de véritables poudrières. Il n'est pas possible de mettre en œuvre une politique pénale ferme et sévère sans en assumer le coût, qui passe par des établissements propres, sécurisés et de nature à donner l'exemple de la discipline et de l'hygiène. Le retard est tel que le prochain gouvernement a quelques soucis à se faire.

Une exception, cependant, qui fera plaisir à Robert Ménard : la maison d'arrêt de Béziers, qualifiée de « Club Med » par un détenu qui loue la gentillesse des surveillants ! Maigre consolation…

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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