L'illettrisme: une réalité française

Plus on est pauvre, plus le risque d'illettrisme est élevé

Par Clotilde Libert

Mère au foyer et professeur à la maison, membre du SIEL

Le 11 septembre 2016

Quel gâchis ! L'état alarmant du niveau de l'illettrisme en France n'est pas une fatalité, mais c'est une réalité. Plus qu'un sujet – un débat -, c'est une situation de souffrance confinant au handicap qui atteint 2,5 millions de nos compatriotes de 18 à 65 ans, 1 jeune sur 5 à 16 ans, 10 % des Français. Le dossier du Parisien qui tombe à l'occasion de la rentrée des classes est édifiant : malgré l'instruction obligatoire pour tous jusqu'à 16 ans, malgré des « missions prévention et lutte contre l'illettrisme » dans les préfectures, malgré la « grande cause nationale contre l'illettrisme » lancée en 2013, le constat est inacceptable, révoltant.

Pour en finir avec les chiffres, ajoutons celui de l'OCDE : sur 24 pays testés, la France occupe le 22e rang pour les compétences linguistiques des adultes de 16 à 65 ans issus du système éducatif français (la capacité de comprendre des textes écrits) et le 2 1 e rang pour ce qui est des compétences scientifiques des adultes.

Ceci est révoltant parce que les plus touchés sont déjà les plus pauvres. Révoltant parce que l'école, réforme après réforme, refuse de se remettre en cause et de mettre enfin un terme à des expérimentations et des méthodes qui produisent de l'exclusion. Révoltant parce que les Français paient, par leurs impôts, cet échec manifeste. On glose sur toute la gamme des valeurs de la République sans jamais bien savoir de quoi il serait question. En l'espèce, c'est bien la République que l'on peut accuser de créer de la division au sein de la nation. Car enfin, à l'exception notable de Gilles de Robien, depuis 1946, pas un ministre ayant hérité de l'Éducation nationale n'a osé s'opposer au processus ininterrompu qui installa les méthodes globales et autres fantaisies socio-constructivistes . Bayrou, Fillon, Pécresse , avant eux Jospin, Royal, Lang, ministre de l'Éducation ou secrétaire d'État, ils sont tous comptables devant ces hommes et ces femmes qui, aujourd'hui, se croient incapables alors qu'ils n'ont tout simplement pas reçu d'enseignement digne de ce nom.

Et s'il est exact que plus on est pauvre, plus le risque d'illettrisme est élevé, n'allez pas croire que la génétique soit à mettre au banc des accusés. C'est tout simplement parce que plus on est riche, plus il sera possible de se passer de l'école pour apprendre. L'instituteur Marc Le Bris, devenu célèbre après son Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter ! , raconte qu'il a fait son chemin de Damas le jour où il a réalisé que ses bons élèves ne l'étaient pas grâce à l'école mais malgré elle ; tous avaient appris à lire avec leur maman en dehors du temps scolaire. Encore faut-il avoir le luxe d'une mère au foyer. Revenant à des méthodes structurées et classiques, ses élèves ont tous été mis à pied d'égalité. N'ayant plus besoin des réseaux d'aides divers du rectorat, il a même été réprimandé pour insubordination car il ne fournissait pas son quota d'échec scolaire. Plus vous êtes pauvre, plus on vous méprise.

Les hussards noirs n'avaient pas que des qualités, mais au moins ils ont su instruire des millions d'enfants d'analphabètes.

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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