La France est en guerre?
Elle l'a cherché.

Par Christophe Servan

Le 30 juillet 2016

Pour Daesh et les autres composantes du djihadisme, elle est perçue comme un adversaire vulnérable, le maillon faible de la coalition.

Depuis l'attentat contre Charlie Hebdo, on ne cesse de nous le répéter: la France est en guerre. Après le carnage de Nice, c'est même un leitmotiv commun aux trois grandes formations politiques du pays. Eh bien, oui, n'en déplaise à tous ceux qui refusent de l'admettre pour ne pas avoir à en tirer les conséquences qui s'imposent – repenser l'immigration -, la France est en guerre. Une situation totalement inimaginable il y a dix ans, qui mérite au minimum qu'on s'interroge. Comment en sommes-nous arrivés là ?

On ne prend conscience de la guerre que lorsqu'elle frappe à notre porte, mais la vérité, c'est que la France n'est pas en guerre depuis le 7 janvier 2015, mais depuis le 19 mars 2011, depuis l'intervention en Libye, une intervention qui, du point de vue de l'adversaire (et aussi de beaucoup d'observateurs neutres), a été perçue comme une agression unilatérale et illégitime.
Cette intervention il faut le souligner, fut le fait de Nicolas Sarkozy et de personne d'autre. Preuve que cette guerre, il la voulait à tout prix, bien qu'il ne fût pas suivi au sommet de Bruxelles du 11 mars 2011 sur une demande d'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, et bien qu'il se retrouvât isolé lors du sommet du G8 à Paris, il ne se découragea pas. C'est au Conseil de sécurité, suite au forcing du Qatar et de l'Arabie saoudite, que notre Président emportera l'adhésion de ses alliés, usant d'un stratagème déjà testé dans cette même enceinte en 2003 : la menace d'un génocide sur la ville de Benghazi, une fable inventée de toutes pièces par les insurgés et colportée complaisamment par l'inénarrable Bernard-Henri Lévy. Nicolas Sarkozy voulait singer son mentor George W. Bush et la Libye lui en fournissait le prétexte ; tout le reste n'est que littérature.
 
Exit Sarkozy, voilà que l'insignifiant François Hollande, afin de se donner un semblant de stature de chef d'État (il était tombé à 36 % d'opinions favorables six mois à peine après son élection, record absolu), se crut obligé de faire dans la surenchère. Encouragé par un ministre des Affaires étrangères irresponsable et irréfléchi ( « Al- Nosra fait du bon boulot » ), celui que les Français allaient vite caricaturer comme l'homme au pédalo se prit de donner à la France, et devant les caméras du monde entier, des allures de grand propagateur des valeurs « démocratiques », pour comble au moment précis où les USA, forts des leçons du bourbier irakien, semblaient y renoncer.
 
En 2003, la France s'était courageusement opposée à l'intervention en Irak. Depuis, comme pour faire amende honorable, elle a pris la tête du camp des jusqu'au-boutistes, sans en avoir ni les moyens ni la crédibilité. Pour Daech et les autres composantes du djihadisme , elle est perçue comme un adversaire particulièrement vulnérable, le maillon faible de la coalition. Et pour cause : l'accès par voie terrestre y est aisé, le gouvernement central y est faible, une cinquième colonne est déjà en place et, surtout, son armée est incapable de soutenir à la fois des opérations extérieures et la défense du territoire.
 
Frapper la France au cœur jusqu'à ce que son gouvernement soit contraint de rapatrier toutes les forces engagées en Afrique et au Proche-Orient est une stratégie tellement évidente qu'un novice en l'art de la guerre ne pourrait la manquer. Tant que nous n'aurons pas un chef d'État capable d'admettre à la fois que l'armée française n'a strictement rien à faire hors des frontières de l'Europe et que, de toute façon, elle n'a aucune leçon de démocratie à donner à qui que ce soit, le sang de nos concitoyens coulera.

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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