France: la censure partout?

Le 26 mai 2016

Par Gabriel Robin

Il y a quelques jours, le groupe Eagles of Death Metal était dégagé.

Le Journal du Net rappelait dernièrement que la France arrivait largement en tête, mondialement, du nombre de « contenus Facebook  » censurés en 2015.

Avec 37.990 pages bloquées suite à des requêtes gouvernementales, la France et ses 66 millions d'habitants devancent des pays beaucoup plus peuplés, comme l'Inde, la Russie, les États-Unis ou le Brésil. Il y a plusieurs explications, pas toujours négatives. En effet, nos services de renseignement essaient de rattraper leur retard sur les Internets, et une part non négligeable des pages bloquées l'ont été en raison de contenus jugés comme promouvant les derniers actes terroristes. Le même phénomène est d'ailleurs observable sur Twitter, où la France se distingue encore par une censure beaucoup plus élevée que dans le reste du monde.
 
Si le gouvernement se défend de toute censure en arguant de sa volonté, parfaitement légitime, de lutter contre le terrorisme, il est permis aussi de penser qu'il est, parfois, animé d'une folie liberticide à l'égard de ses opposants de tous bords. Audrey Azoulay a beau jeu de dénoncer l'instauration d'un « nouvel ordre moral nauséabond » à propos de la déprogrammation du concert du rappeur Black M, qui devait se produire aux commémorations du centenaire de Verdun, quand son propre gouvernement est le premier censeur des Internets mondiaux. Des membres de ce même gouvernement, ou du parti qui le compose dans sa majorité, s'étaient réjouis de l'éviction d'Éric Zemmour par la chaîne i>Télé . Où voit-on de telles choses ailleurs qu'en France ?
 
La censure directe ne s'exerce d'ailleurs pas qu'à l'encontre des commentateurs de la vie politique, ou des acteurs de la vie politique. Il y a quelques jours, le groupe Eagles of Death Metal était ainsi dégagé de ses deux concerts hexagonaux de l'été, en raison de propos tenus par son meneur, Jesse Hugues, dans un entretien accordé à Taki's Magazine , petit média numérique américain. Il a suffi d'un simple entretien pour que le groupe, survivant du terrible assaut du Bataclan, passe de symbole du « vivre ensemble » à symbole de la « haine » à éliminer de la vie culturelle. Où est Charlie  ? On est en droit de se poser la question.
 
La censure directe s'exerce tous les jours dans notre pays, mais la censure indirecte me semble encore plus pernicieuse. Il suffit de constater le traitement qu'a reçu, dans les médias nationaux, le candidat du FPÖ aux dernières élections présidentielles autrichiennes. Tous les qualificatifs les plus effrayants ont été accolés à ce pauvre Norbert Hofer. Plus révoltant encore, la photo d'illustration des articles qui lui étaient consacrés le montrait bras tendu. Certains avancent même que ladite photo a subi un petit lifting sur Photoshop…
 
Tout semble bon pour interdire certaines personnes de s'exprimer, ou pour décrédibiliser par avance ce qu'elles pourraient avoir le malheur de dire publiquement. La tyrannie médiatique subit les assauts de la réalité, les Français étant de plus en plus critiques vis-à-vis des médias et de la parole institutionnelle. En conséquence, l'État Big Mother, bien plus infantilisant que protecteur, se dévoile directement sous les traits de Big Brother, le juge politique.
 
Pour retrouver ces débats d'idées pluralistes qui ont fait sa grandeur, la France doit arrêter de maintenir la presse sous perfusion, et doit aussi s'engager à respecter les libertés d'opinion, d'expression et de création.

Source: ‘Boulevard Voltaire'

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