Quelques réflexions sur la
conférence de presse de Fillon

Le 7 février 2017

Par J-P Fabre-Bernadac

Il faut distinguer, lors de la conférence de presse de François Fillon, le fond et la forme. Sur la forme, l'homme de la Sarthe a su parfaitement rappeler que les informations le concernant étaient apparues dans la presse, comme par hasard, juste après les primaires et que la machine à broyer le candidat avait été initiée par deux médias de gauche : Le Canard enchaîné et Mediapart. Il a aussi démontré qu'il était loin d'être le seul parlementaire à avoir employé des membres de sa famille. Sur ces deux points, le candidat de la droite a raison.

A contrario, je suis plus dubitatif sur le fond :

François Fillon nous a expliqué que sa femme avait bénéficié d'une rémunération moyenne de « 3.677 euros nets parfaitement justifiée au regard de ses diplômes » . Ce que doit ignorer notre ex-Premier ministre, c'est qu'aujourd'hui, des diplômés d'université travaillent dans des supermarchés comme chefs de rayon ou caissières pour un salaire inférieur à 2.000 €.

– Autre phrase ambiguë : « En travaillant avec ma femme et mes enfants, j'ai privilégié cette collaboration de confiance. » À qui veut-il faire croire que l'embauche de Penelope et de ses descendants n'est due qu'à un simple « sentiment de confiance » ? Durant sa longue carrière politique (32 ans), il n'aurait jamais trouvé d'autres collaborateurs attachés à sa personne à qui donner quitus pour un emploi d'assistant ?

– Autre extrait : « Pendant des années, mon épouse a géré mon courrier, tenu mon agenda pour des événements locaux, travaillé sur plusieurs événements dans la Sarthe. Elle a poursuivi ce travail avec mon suppléant. Je l'ai voulu. » Ainsi, il avoue en fin de phrase que Marc Joulaud , le suppléant, a exécuté ses desiderata, dont celui d'une augmentation de la rémunération de Penelope qui, entre le 1 er janvier et le 31 août 2007, a gagné 10.167 euros bruts mensuels, soit plus que le nouveau député.

– Autre point : sa fille Marie lui aurait apporté son concours pour l'écriture de son livre La France peut supporter la vérité, paru en 2006.

Il précise : « Elle a fourni un gros travail documentaire. » Problème : cette tâche ne paraît pas en rapport avec la circonscription du sénateur de la Sarthe. Il faut rappeler que la Commission européenne, pour deux assistants de Marine, a demandé, pour un travail exclusivement dévolu aux institutions européennes, le remboursement des sommes perçues.

– Autre épisode : dans une vidéo inédite tournée en 2007, on voit Penelope affirmer n'avoir « jamais été l'assistante » de son mari. Pour sa défense, l'ancien sénateur nous parle d'images sorties du contexte, ajoutant que l'intervieweuse anglaise avait été choquée par le montage de France 2. Or, cette dernière s'inscrit en faux, révélant que les propos d'« Envoyé spécial » n'ont pas été déplacés du cadre.

– Enfin, pas un mot sur l'emploi de son épouse entre mai 2012 et décembre 2013 à la Revue des deux mondes, pour une rémunération brute d'environ 100.000 euros. Marc Ladreit de Lacharrière avait affirmé avoir confié à l'épouse de François Fillon une « réflexion stratégique informelle » sur la revue. De qui se moque-t-on ? Voilà une femme qui n'a jamais travaillé dans le domaine de la presse mais qui reçoit la tâche d'une analyse approfondie. Une mère de famille qui passe des confitures à l'examen poussé d'un média.

Il est à noter que, en 2010, Ladreit de Lacharrière avait été élevé à la distinction de grand-croix de la Légion d'honneur, pris sur le rapport du Premier ministre d'alors : François Fillon . Tout commentaire paraît superflu.

En conclusion : plus que le côté judiciaire, c'est l'éthique dans ces affaires qui est mise à mal. Tous ces points litigieux ne grandissent pas un possible président de la République qui avait avancé, jusque-là, en mettant en avant sa probité.

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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