Un procureur veut «tolérer» le cannabis et légaliser l'euthanasie

Le 30/01/2014

Jamais autant de jeunes n'ont fumé du cannabis, affirme un magistrat isérois en s'appuyant sur des sondages.

Jean-Yves Coquillat , procureur de la République de Grenoble, souligne que la politique répressive qui a prévalu depuis quarante ans est un «échec».

«Est-ce que l'usage du cannabis doit rester un délit? Est-ce que l'euthanasie doit rester un crime?» Telles sont les interrogations formulées par le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat , sur France Bleu Isère. Un questionnement qui avait d'ailleurs été au cœur de son discours lors de l'audience solennelle de rentrée de son tribunal, le 17 janvier dernier.

Le magistrat ne le dit pas ouvertement, mais sa réflexion penche, de toute évidence, en faveur de la dépénalisation de ces deux infractions. De quoi hérisser les forces de l'ordre, qui souhaitent avant tout s'appuyer sur un discours de fermeté, surtout du côté du parquet et de son représentant.

Or, pour le procureur, «le droit doit évoluer». Concernant le cannabis, il souligne que la politique répressive qui a prévalu depuis quarante ans est un «échec». «Des sondages ont été publiés dernièrement à ce sujet et on voit que jamais autant de jeunes n'ont fumé du cannabis», dit-il, en poursuivant: «C'est un échec au plan de la santé publique, mais c'est également un échec au plan de la lutte contre les trafics et l'économie souterraine puisque c'est l'essentiel de l'économie souterraine dans nos quartiers.»

«En Hollande, en Suisse, en Espagne, nos voisins, le cannabis est en vente libre ou toléré. Pouvons-nous en faire abstraction ?»

À l'audience de rentrée, devant un parterre de magistrats et de représentants des forces de l'ordre, il avait davantage laissé libre cours à sa pensée. Appelant, tout d'abord «à réfléchir à un droit pénal plus proche des aspirations de nos concitoyens et des changements profonds de notre société», il s'était interrogé sur la politique de certains pays. «En Hollande, en Suisse, en Espagne, nos voisins, le cannabis est en vente libre ou toléré. Pouvons-nous en faire abstraction? Gardons-nous des idées reçues depuis toujours: ce n'est pas bien, c'est mal, c'est dangereux, c'est interdit…» Sur l'euthanasie, le magistrat s'est interrogé sur la loi actuelle. «Si elle ne suffit pas, il faut la faire évoluer.»

Interrogé sur France Bleu Isère sur le devoir de réserve attaché sa fonction, Jean-Yves Coquillat a estimé, à propos de la loi, qu'il était du devoir d'un procureur «de la faire évoluer, de la critiquer et de s'en louer si la loi est bonne».

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