Daniel Cohn-Bendit: l'arrogance
du berceau au tombeau.

Au sujet de ses ambitions actuelles, on retrouve notre Dany tel qu'en lui-même...

Par François Falcon

Satiriste polémiste

Le 31 janvier 2016

Ce dimanche, Le Monde publiait une interview de Daniel Cohn-Bendit dans le cadre de la pré-promotion d'un ouvrage intitulé Et si on arrêtait les conneries ? L'espoir qu'il s'agisse là, de la part de l'icône de la génération du baby-boom, d'une prise de recul par rapport à sa longue carrière politico-médiatique est balayé dès la première question. Non, comme Nicolas Sarkozy, Daniel Cohn-Bendit n'a pas changé et, contrairement à Nicolas Sarkozy, il n'éprouve même pas le besoin de le faire croire : qu'il évoque sa naissance en politique ou qu'il envisage son oraison funèbre, le chantre du libéralisme libertaire individualiste se complaît, comme il se doit, dans son arrogance et sa suffisance.

Au sujet de son enfantement en politique, Daniel Cohn-Bendit revient sur la célébrissime photographie de lui-même défiant un CRS casqué en se décrivant « ironique et joyeux face à un représentant de l'État corseté… face à l'ordre mortifère » . D'autres y voient simplement un jeune bourgeois prétentieux se moquant ouvertement d'un prolétaire ne faisant que son devoir pour le compte d'un État démocratique, et tout un chacun conviendra que l'insouciance et l'espièglerie dont se vante notre matamore ridicule ne venait pas de son courage mais de la certitude qu'il ne risquait rien à défier l'ordre établi. Aujourd'hui, ce sont des délits et même parfois des crimes que les fils spirituels de Cohn-Bendit commettent, le sourire aux lèvres. Beau résultat, en effet, que celui engendré par le refus puéril de l'autorité !

Au sujet de ses ambitions actuelles, on retrouve notre Dany tel qu'en lui-même, un petit soupçon de faux détachement à la Xavier Bertrand, pour commencer, lorsqu'il affirme vouloir seulement « influencer le débat politique même si [son] parcours est terminé » et puis l'aveu d'une ambition démesurée : lui, « l'incarnation de l'Européen » , rêve de se faire élire président de la Commission européenne au suffrage universel. Il faut reconnaître qu'il s'agit là d'un poste idéal pour achever de détruire ce que l'idéologie de sa jeunesse n'a pas encore réussi à saccager en Europe.

Mais l'incapacité à reconnaître ses erreurs et ses illusions passées devient franchement scandaleuse lorsque Daniel Cohn-Bendit est interrogé au sujet des agressions sexuelles de Cologne ou Düsseldorf. À l'image des féministes professionnelles, Dany se vautre dans le relativisme, le négationnisme et la théorie du complot. Ainsi, après avoir rappelé qu'il y a, chaque année, « 250 plaintes déposées à la fête de la bière » , notre prudent assure « attendre l'enquête de la police » au sujet de « toutes ces plaintes mystérieuses » avant d'avouer sa crainte qu'il y ait là-dessous « une volonté de manipulation de la part de certains qui voudraient amplifier le phénomène pour inciter à la haine contre les migrants » . Les victimes de viol apprécieront le soutien de l'homme de gauche.

Il faut cependant attendre la fin de l'interview pour que la mégalomanie du satisfait de Mai 68 donne toute sa mesure. Interrogé au sujet de l'enterrement de victimes juives des attentats, Daniel Cohn-Bendit ramène la conversation à son sujet préféré – lui-même – et expose son modeste projet. Loin de se satisfaire d'une petite mise en bière, notre prétentieux congénital souhaite voir ses cendres dispersées entre « Francfort, Paris et un petit village de l'Hérault » , assurant également envisager de prononcer lui-même son éloge funèbre. Il est vrai que même Bossuet n'aurait pas été digne de le faire pour un aussi extraordinaire personnage et qu'il est préférable que « Till l'espiègle » s'en charge lui-même « sur un grand écran » avec « les Stones, “Satisfaction” et [son] petit discours » . « Satisfaction », on ne pouvait pas mieux trouver, en effet, pour résumer la personnalité et la vie de Dany.

Source: 'Boulevard Voltaire'

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