Payés à défendre
le gouvernement
en Chine sur Internet.

Guillaume ChampeauGuillaume Champeau - 04 décembre 2014 -

Un hacker chinois a dévoilé ce qui est présenté comme la preuve de l'existence d'un réseau de "commentateurs" payés à dire du bien de l'administration chinoise et de sa politique sur Internet.

Le site  China Digital Times  rapporte que le bloggueur chinois Xiaolan a divulgué une archive de plus de 2 700 e-mails du Bureau d'Information sur Internet du District de Zhanggong, entre 2013 et 2014. Ces e-mails démontreraient l'existence déjà largement suspectée d'un réseau de "commentateurs Internet", rémunérés pour défendre l'administration chinoise lorsqu'elle est attaquée sur les réseaux sociaux ou sur d'autres canaux.

L'archive piratée contient des correspondances, photos, résumés d'activités, CV et autres informations sur le réseau des commentateurs, constitué d'internautes qui acceptent contre une maigre rémunération de critiquer les "intellectuels", de défendre les politiques publiques chinoises, de célébrer Xi Jinping, ou encore de surveiller les activités en ligne de dissidents. 

Selon la lise obtenue, ce seul district compterait trois employés à temps plein et plus de 300 collaborateurs occasionnels dédiés à cette tâche, pour une population de moins de 500 000 habitants. Rapporté à l'ensemble de la Chine, ce pourrait donc être environ 825 000 personnes qui seraient payées pour défendre le régime sur Internet.

L'existence d'un tel réseau était déjà connue depuis une dizaine d'années. Il est surnommé " Fifty Cent Party " (le parti à 50 centimes), en raison du montant qui serait parfois payé aux membres pour chaque message répondant aux critères imposés. En 2005, le ministère de l'éducation chinois a décidé de réaliser une purge des forums des universités, et c'est à cette époque que les premiers "commentateurs bienveillants" auraient été recrutés, en échange de la rémunération symbolique. En 2007, l'ancien président Hu Jinato avait demandé aux responsables du Parti Communiste Chinois d' " affirmer la suprématie (du PCC) sur l'opinion publique en ligne, d'élever le niveau et d'étudier l'art de l'orientation (des idées) en ligne, et d'utiliser activement les nouvelles technologies pour augmenter la force de propagande positive ". Après ce discours, le PCC avait engagé une campagne de recrutement de " camarades de bon caractère idéologique et politique, capables et familiers avec Internet pour former des équipes de commentateurs sur le Web ".

En 2011, China Digital Times avait déjà publié ce qu'il présentait comme une instruction envoyée aux commentateurs officiels, pour " circonscrire l'influence de la démocratie taïwanaise ". Il leur était demandé de cibler les critiques contre les USA, d'éviter les débats idéologiques sur la démocratie mais de les orienter vers les dérives voire les violences qu'elle génère, ou encore de mettre en valeur la stabilité chinoise. 

La Chine nous demande de ne pas faire d'Internet "une maladie mondiale"

Guillaume ChampeauGuillaume Champeau - 30 octobre 2014

La Chine demande à l'Europe de la rejoindre du côté des partisans de la censure, seule possibilité selon elle d'éviter qu'Internet ne gangrène la société, alors que le réseau mondial est par ailleurs porteur de nombreux progrès.

Chaque jour jusqu'au 1er novembre prochain, la commissaire européenne Neelie Kroes publie une tribune d'une personnalité publique ou privée impliquée dans le numérique, pour enrichir la réflexion sur ce que devrait faire l'Europe avec la révolution technologique en cours. C'est sa manière de dire au revoir et de passer la main à  Andrus Ansip et Günther Oettinger, les deux nouveaux commissaires européens chargés du numérique.

C'est dans ce cadre que Bruxelles a donné la parole à Lui Wei, le ministre chinois "de l'administration du cyberespace". Tout en prenant garde de ne vexer personne en maniant à la perfection une langue diplomatique qui vante "les deux grandes civilisations de la Chine et de l'Europe", Lui Wei se montre fermement déterminé à défendre la censure chinoise ce qui lui est d'autant plus aisé que l'Europe l'imite de plus en plus.

Après avoir rappelé les mérites économiques d'Internet, qui pèse déjà pour plus d'un dixième de l'économie chinoise, et évoqué les belles réussites industrielles comme le géant Alibaba, le ministre du cyberespace chinois met l'Europe et le monde en garde.

Faire d'Internet un "instrument de paix et de sécurité"

"L'Internet a son propre potentiel de risques : il pourrait devenir la caverne d'Alibaba tout autant qu'une boîte de Pandore, et ça dépend de nous. Différents pays peuvent avoir différentes idées, même se disputer parfois, sur l'Internet et sa gouvernance, en raison de leur propre passé, présent et de leurs expériences avec lui".

Toutefois, ajoute-t-il, "une même fin devrait prévaloir pour tous, celle de faire d'Internet une bénédiction et une aubaine, plutôt qu'une maladie mondiale, pour les gens à travers le monde".

Alors que la question de la cyberdéfense prend une ampleur croissante, au point que la France envisage d'en faire un quatrième corps d'armée, le ministre chinois demande que l'Europe veille avec la Chine à ce qu'Internet soit "un instrument de paix et de sécurité, plutôt qu'une arme pour les conflits entre états". Il souhaite que les deux puissances s'allient pour une "meilleure coopération sur la loi, la régulation et les politiques relatives au cyberespace", et pour lutter contre différents "problèmes" comme "la pornographie en ligne, la cybercriminalité et le cyberterrorisme".

Lutter contre le terrorisme, mais lequel ?

Internet doit être "une voie vers les droits et intérêts légitimes des citoyens, pas un repaire du crime, et jamais un habitat du terrorisme", prévient Lui Wei. Or la Chine a évidemment une vue particulière de ce qui est le terrorisme , tout comme la France a ses propres définitions tout aussi discrétionnaires, qui varient selon les époques et les conflits. 

Pour la Chine, qui utilise régulièrement la censure pour freiner les révoltes, "l'Internet devrait être une place publique d'opinions honnêtes et raisonnables, pas un marché de calomnies et d'escroqueries".

"Avec un respect mutuel de la souveraineté sur Internet, une meilleure sécurité de l'information, et aucune cyber hégémonie, il est tout à fait possible pour les deux côtés de construire un système de gouvernance de l'Internet multilatéral, démocratique et transparent". Une pierre dans le jardin des Etats-Unis, qui ne renoncent à leur contrôle de l'ICANN qu' en misant sur la puissance prise par les entreprises américaines.

Loi anti-terrorisme:
Google & Co. se réveillent enfin -
mais mollement.

Guillaume ChampeauGuillaume Champeau. Le 30 octobre 2014.

Quinze jours après l'adoption de l'amendement qui instaure en France une censure des moteurs de recherche sur simple instruction policière, sans contrôle d'un juge, les géants du web ont enfin réagi. Mais on ne sent pas une très forte indignation...

Le silence de Google nous avait surpris. Alors que le moteur de recherche investit d'importantes sommes en lobbying, et sait être parfaitement organisé pour réagir lorsqu'une loi menace son indépendance, la firme de Mountain View n'avait pas pipé mot sur la manoeuvre de Bernard Cazeneuve aboutissant à confier des pouvoirs de censure à la police. 

Au prix d'un mensonge devant les sénateurs, le ministre de l'intérieur a fait adopter le 16 octobre un amendement au projet de loi anti-terrorisme qui offre à son ministère le pouvoir d' ordonner la censure des moteurs de recherche sans aucun contrôle judiciaire. Il suffit que dans sa grande sagesse l'Etat décide qu'un site est coupable de "propagande terroriste" pour que non seulement il ne soit plus accessible par les internautes, du fait du blocage ordonné aux FAI , mais qu'en plus l'existence-même de ce site soit tue sur Google et les autres moteurs de recherche ou annuaires. A aucun moment un juge n'a à vérifier le bien-fondé de l'accusation et la proportionnalité de l'ordonnance de censure.

C'est exactement pour ce type de censures arbitraires que Google avait décidé de quitter la Chine .

Finalement, il aura fallu attendre mercredi, c'est-à-dire après le dernier débat qui pouvait encore modifier le texte , pour que les géants du web se réveillent enfin sur cet amendement adopté il y a déjà deux semaines.

Google n'a pas réagi en son nom, mais à travers un communiqué de l'Association des services internet communautaires (l'ASIC). Celle-ci regroupe notamment Google, Facebook, Yahoo, Microsoft, Dailymotion, eBay, Exalead ou encore Skyrock. Mais le communiqué reste sobre, par rapport à ce qu'a pu produire l'ASIC par le passé.

L'improbable contrôle constitutionnel

Si elle regrette que le dispositif est créé "sans qu'une définition précise et circonstanciée ne soit inscrite dans la loi", l'Asic exprime simplement "ses inquiétudes", et non son indignation, "quant à l'extension grandissante des pouvoirs offerts aux services de police et aux services de renseignements en matière de contrôle des contenus et des comportements sur internet sans supervision de l'autorité judiciaire".

Elle appelle courtoisement à un contrôle par le conseil constitutionnel, ce qu'elle sait fortement improbable. La loi de programmation militaire qui créait de nouveaux pouvoirs de collecte de données par l'Etat n'avait pas été soumise aux sages . La précédente loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (dite LOPPSI 2) avait été validée après une saisine très imparfaite par le Parti Socialiste , lequel avait aussi "oublié" de saisir le Conseil Constitutionnel sur la partie de la loi ARJEL qui confiait le pouvoir de censurer des moteurs de recherche après décision judiciaire. Depuis des années, gauche et droite s'entendent pour que sur les textes sécuritaires, soit il n'y ait pas de saisine, soit pour que celle-ci soit pipée.

"Au cours des prochains mois, le Gouvernement publiera les décrets d'application de ces lois portant une atteinte sans précédent, aux libertés. L'ASIC sera vigilante à ce que ceux-ci fassent l'objet d'un contrôle de leur légalité par le Conseil d'Etat et puissent être soumis à l'examen du Conseil constitutionnel par l'intermédiaire de la procédure de la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)", ajoute l'ASIC. 

La Chine veut se débarrasser des « rumeurs » sur Internet

Julien Lausson - 31 août 2011 -

L'agence de presse officielle Xinhua a réclamé mardi un durcissement de la lutte contre les rumeurs qui se propagent sur Internet. Elle invite les FAI, la police et les régulateurs à prendre de nouvelles mesures pour préserver un Internet chinois sain. Une porte ouverte à une censure plus grande ?

Le personnel politique français n'est pas le seul à avoir de nombreux griefs contre Internet. De l'autre côté du monde, en Chine, on a également beaucoup de reproches à faire au réseau des réseaux et aux internautes. Et si dans l'Hexagone Éric Woerth et Chantal Jouanno s'en tenaient à dénoncer les détraqués pour l'un et les rumeurs pour l'autre, l'Empire du Milieu tient à se montrer beaucoup plus ferme contre les ragots diffusés sur Internet.

Reuters rapporte que l'agence de presse officielle du gouvernement chinois, Xinhua, a réclamé de la part des fournisseurs d'accès à Internet, des régulateurs et de la police un durcissement de la lutte contre les sites Internet relayant des «  rumeurs toxiques « . Pas question de laisser le net chinois, qui compte plus de 485 millions d'internautes selon les dernières statistiques officielles , pourrir le « développement harmonieux » du pays.

«  La progression rapide de ce flot [les Chinois utilisant des sites de microblogging, ndlr] transporte aussi de la boue et du sable la propagation de rumeurs et, afin d'entretenir un Internet sain, nous devons éradiquer totalement le sol sur lequel croissent ces rumeurs. La fabrication de rumeurs constitue en soi une maladie sociale, et la propagation de rumeurs sur Internet constitue une menace sociale massive « .

Un prétexte pour une censure plus importante ?

Avec plus de 485 millions d'internautes, la Chine, qui compte 1,36 milliard d'habitants, est le premier pays représenté sur Internet en nombre de connectés. D'après le Centre d'information sur l'Internet en Chine, le nombre d'utilisateurs passant par leur téléphone portable pour se connecter à Internet est passé à 318 millions, tandis que le nombre de microblogs est passé de 63,1 millions à 195 millions en six mois (+208,9 %).

La Chine, qui considère que «  la stabilité de son régime politique passe désormais par le contrôle de l'Internet et à la neutralisation par tous les moyens , y compris offensifs (attaques de sites « ennemis »), de l'information électronique perçue comme une menace » , voit donc d'un très mauvais oeil le développement des réseaux sociaux et sites de microblogs, qui favorisent la libération de la parole chez les internautes chinois.

Dans ce contexte, l'Empire du Milieu applique depuis de nombreuses années une censure très stricte sur Internet. Tout élément pouvant fragiliser ou contester le pouvoir en place, comme les manifestations de la place Tian'anmen ou la secte Falun Gong, est systématiquement filtré pour ne pas perturber le développement harmonieux du pays. Avec parfois un zèle prononcé, comme la campagne anti-pornographie qui a débuté en 2009.

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