Bygmalion, big millions et big mytho…

La décence devrait le conduire à renoncer à se présenter dans l'attente du verdict. Évidemment, il n'en sera rien.

Par Gabriel Robin

Le 5 septembre 2016

Lundi 5 septembre, le parquet de Paris demandait le renvoi en correctionnelle de Nicolas Sarkozy pour financement illégal de campagne électorale. Un événement qui tombe très mal pour celui qui s'est promis de donner « Tout pour la France » , lors de sa déclaration en tant que candidat aux élections primaires de la « droite ».

Bygmalion était une agence de communication dirigée par deux amis de Jean-François Copé, alors secrétaire général de l'UMP, messieurs Bastien Millot et Guy Alvès . Engagée par le parti pour organiser les meetings de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, Bygmalion aurait réalisé de fausses factures pour pouvoir mener la campagne de Nicolas Sarkozy sans dépasser le plafond autorisé par la loi.

La justice soupçonne toujours l'UMP, et Nicolas Sarkozy lui-même, d'avoir eu connaissance de ces malversations, et même de les avoir ordonnées. Plusieurs indices en témoignent : une « ligne présidentielle » figurant dans les comptes de l'UMP affichait 13,5 millions d'euros au lieu des 3 millions d'euros inscrits dans les comptes de campagne ; en outre, Pierre Godet, expert-comptable de la campagne de Nicolas Sarkozy, alertait les équipes du Président sortant que le plafond des dépenses autorisées finirait par être percé. Nicolas Sarkozy en aurait été informé au moins à deux reprises.

La question est désormais de savoir si Bygmalion a uniquement cherché à s'enrichir indûment, ou si le maquillage avait été commandité par l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Dans tous les cas, l'actuel président des « Républicains » est coupable. Coupable de malhonnêteté ou coupable d'une négligence très peu professionnelle pour un homme occupant de telles responsabilités.

En toute logique, la décence devrait le conduire à renoncer à se présenter dans l'attente que la justice ait pu rendre son verdict. Bien évidemment, il n'en sera rien. Thierry Herzog, avocat de l'impétrant, a prévenu que Nicolas Sarkozy resterait offensif. Déjà, il est peu évident qu'un procès puisse avoir lieu avant mai 2017, la procédure étant assez longue pour un tel dossier. Ensuite, Nicolas Sarkozy se réserve la possibilité de poser une question prioritaire de constitutionnalité. On ne parle pourtant pas de petites sommes mais de millions d'euros sonnants et trébuchants.

Les Français mériteraient d'être informés de la réalité des faits reprochés à Nicolas Sarkozy. Savait-il que Bygmalion maquillait ses comptes de campagne au mépris des règles de cet État de droit qu'il invoque à longueur de discours ? Le réquisitoire du ministère public n'est pas anodin, croyant la responsabilité de Nicolas Sarkozy « pleinement engagée du chef de financement illégal car il était démontré qu'il avait donné, en connaissance de cause, des instructions en faveur d'une augmentation des dépenses, au mépris des recommandations contraires des experts comptables ». Grave, très grave.

Peut-être Nicolas Sarkozy ne sera-t-il jamais vraiment jugé, dans la grande tradition de la République des copains. Il faudrait, pour cela, qu'il soit élu en 2022… Espérons que les Français feront mentir Nicolas Sarkozy comme lui leur a menti. En 2012, il affirmait devant la France qu'il arrêterait la politique en cas de défaite. Il n'a pas tenu promesse. Quel crédit lui accorder aujourd'hui, compte tenu de son lourd passif ? Si Bygmalion rime avec big millions, Sarko, lui, s'accorde bien avec big mytho.

Source: 'Boulevard Voltaire'

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