Islam bosniaque: retour sur un mensonge

Par Fabrice Garniron

Le 16 janvier 2016

Vingt ans après la fin du conflit bosniaque (1992-95), la vérité, première victime de la guerre, est toujours aussi malmenée par nos médias. Alors que se confirme, année après année, l'échec accablant d'une intervention internationale qui avait pour but de faire cohabiter les trois communautés nationales bosniaques (musulmane, serbe et croate), les médias dominants profitent des rares événements qui s'y produisent pour valider leur version passée du conflit bosniaque.

Ils n'avaient pas ménagé leurs efforts pour soutenir les campagnes de bombardements de l'OTAN en 1994 et 1995, justifier la présence indéfinie d'une force internationale et la tutelle d'un gouverneur étranger ayant tous les pouvoirs. Des ingérences qui étaient censées « aider les Bosniaques de toutes origines à revivre ensemble » . Et pourtant les faits sont là : rarement dans l'histoire de la Bosnie les communautés de Bosnie n'ont été aussi murées les unes par rapport aux autres. Tout se passe comme si les médias, partie prenante de cet échec, évitaient tout retour critique sur l'information qu'ils ont donnée lors de ce conflit sous prétexte qu'il menacerait leur crédibilité.

Parmi les fictions diffusées pendant et après la guerre de Bosnie, évoquons une des plus mystificatrices : celle de cet islam introuvable dont la Bosnie aurait été le berceau. Un islam ouvert, nous dit-on, tolérant, pacifique, voire « européen », avant qu'à partir de 1992, l'arrivée massive des moudjahidines venus de tout le monde musulman pour combattre les Serbes ne le pervertisse, ajoute-t-on encore.

Certes, l'islam de Bosnie est complexe, et l'adhésion à l'islamisme est loin d'être le fait de tous les musulmans. Il reste que l'islam y est depuis longtemps travaillé par un courant ultra-conservateur et fondamentaliste qui, bien avant l'éclatement de la Yougoslavie, n'a pas été en reste en matière de fanatisme et de violence 1 . Or, c'est précisément ce courant qui a remporté une victoire politique décisive en 1990 avec l'arrivée à la présidence d'Izetbegović, chef du parti musulman.

Emblématique de l'islamisme bosniaque au XX e siècle, le cas d'Izetbegović est également révélateur des dérives des médias. Car ces derniers se sont employés à dissimuler à l'opinion un parcours où dominent la collaboration avec le nazisme et une adhésion sans faille à l'islamisme. Il est vrai que métamorphoser Izetbegović en héraut de la tolérance et du « multiethnisme » a permis de vendre à l'opinion une intervention internationale en faveur des musulmans de Bosnie et le contrôle de la région par les ćtats-Unis, l'Union européenne et plusieurs puissances musulmanes…

Notes:

  1. En 1987, par exemple, Le Monde signalait que certains dignitaires religieux musulmans voulaient proscrire les transfusions sanguines entre musulmans et non-musulmans, y compris dans les cas où la vie d'un musulman était en jeu.

Source: 'Boulevard Voltaire'

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