La révolte des policiers devrait être partagée par tous!


Les policiers en ont marre, nous aussi.

Par Philippe BILGER.

Le 14 octobre, l'ensemble des syndicats de policiers, tous corps confondus, en tenue et en civil – ils étaient plus de 7.500 -, se sont rassemblés devant le ministère de la Justice place Vendôme à Paris, et dans le reste de la France devant les palais de justice. Pour la première fois depuis 1983 et Robert Badinter.

Les policiers en ont marre, nous aussi.

Je partage l'inquiétude voire l'indignation de tous ces syndicats, de la base jusqu'au sommet de la hiérarchie policière, qui ont le sentiment, bien plus, la certitude, que sur le front de la délinquance et de la criminalité, ils sont souvent atteints, blessés ou tués dans le dos par les effets pervers d'une aberrante exécution des peines et d'incompréhensibles mansuétudes pénitentiaires.

Cela commence à faire beaucoup. Inutile de tomber dans le catastrophisme : les catastrophes suffisent. Et le réel de ces dernières semaines n'a pas besoin de la surenchère de l'indignation. Il est éloquent par lui-même.

La grogne des policiers n'est pas toujours fondée mais leur révolte d'aujourd'hui devrait être partagée par tous. Pour ces errements judiciaires, Christiane Taubira n'est pas directement responsable même si le climat d'indulgence doctrinaire et d'excuse sociale qu'elle diffuse trahit en son cœur même le principe d'une politique pénale digne de ce nom.

Ces gardiens de notre paix, qui sont victimes de tragédies venant les frapper en aval alors qu'ils avaient veillé à l'amont, s'en prennent naturellement au garde des Sceaux qui devrait être remplacé, tous drames cessants, puisque pour eux il est censé incarner le judiciaire et son passif et qu'il parle, parle, parle, pour éviter la vulgarité de l'action… En même temps, je crains qu'il soit conforté à hauteur même du désaveu populaire qu'il suscite, tant ce pouvoir n'est attentif qu'à des combines tactiques pour le futur au lieu de tirer les leçons d'un présent désespérant.

Les policiers en ont marre, nous aussi.

Qu'on ne fasse pas de moi, cependant, un inconditionnel de la police qui a failli.

Six fonctionnaires de Stains ont, par exemple, franchi « la ligne jaune » et seront sanctionnés. Le ministre de l'Intérieur, pour ce qui regarde sa mission et sa vigilance disciplinaires, accomplit, avec fermeté et rapidité, ce qu'il doit faire. Les délits ou les crimes commis par de rares fonctionnaires dévoyés sont à condamner à proportion du respect et de la considération que mérite la majorité demeurant exemplaire.

Cette dernière a droit d'autant plus à l'estime et à la reconnaissance des honnêtes gens qu'elle est toujours, politiquement et médiatiquement, présumée coupable dès lors qu'il convient d'arbitrer, dans les affrontements et violences collectives, entre elle et ceux qui l'ont harcelée, lui ont résisté ou l'ont agressée.

Face à l'ampleur de la contestation, à l'intensité de la crise, le gouvernement, alors que l'une et l'autre ne dataient pas d'hier, a écopé dans l'urgence et sous la pression. Tout n'est pas inutile dans ce qu'a proposé le Premier ministre mais rien n'est essentiel.

Ce à quoi profondément le gouvernement n'ose pas toucher tient à l'articulation défaillante entre des pratiques judiciaires sans efficacité ni rigueur et une inspiration politique qui les légitime et les valide. Il n'est pas besoin d'intervenir dans le cours de la justice pour avoir une influence désastreuse sur elle.

L'immense succès du 14 octobre démontre que la coupe est pleine. Et la patience à bout.

Les policiers en ont marre, nous aussi.

Le 15 octobre 2015

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Source : ‘Boulevard Voltaire'