À Alger, elles se battent pour
ne pas porter le voile: et chez nous ?

C'est au nom de la liberté que des juges, applaudis par les bien-pensants, légalisent le port du voile ou du burkini.

Par Christine Célérier

Le 8 septembre 2016

1989 : affaire du foulard. Le Conseil d'État, saisi par le ministre de l'Éducation nationale Lionel Jospin, affirme que le port du voile islamique, en tant qu'expression religieuse, dans un établissement scolaire public est compatible avec la laïcité, et qu'un refus d'admission ou une exclusion « ne serait justifié que par le risque d'une menace pour l'ordre dans l'établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l'enseignement » . En laissant courageusement les enseignants assumer la responsabilité d'accepter ou de refuser, au cas par cas, le port dudit voile durant les cours…

2016 : affaire du burkini. Le Conseil d'État, saisi par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et le Comité contre l'islamophobie en France (CCIF), se prononce contre l'arrêté « anti- burkini  » de Villeneuve-Loubet. Il annule ainsi l'ordonnance du tribunal administratif de Nice qui l'avait validé, au motif que « l'arrêté litigieux a […] porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d'aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ».

Certains résistent, comme le maire de Sisco, qui a fait confirmer son arrêté par le tribunal administratif de Bastia. Mais le Conseil d'État est quand même la plus haute juridiction administrative française, et ces deux ordonnances symbolisent bien la soumission croissante de l'État devant des revendications communautaires et des pressions lobbyistes toujours plus fortes.

Aveuglé par une idéologie que les faits ne parviennent pas à amender, il persiste à nier que l'ordre public soit réellement menacé et que, sous couvert de faire respecter les libertés individuelles, un certain islam en profite pour s'imposer dans l'espace public.

Pendant ce temps, à Alger, pas plus tard que dimanche dernier, des lycéennes ont été refoulées par le gardien parce qu'elles n'étaient pas voilées. Certaines sont rentrées chez elles pour y chercher un foulard. D'autres ont refusé d'obtempérer et leurs parents demandent que cet « énergumène […] ignare et frustré » soit sanctionné.

Ainsi, en Algérie, qui reconnaît l'islam comme religion d'État, on revendique la liberté de ne pas porter le voile ; en France, où laïcité prétend rimer avec liberté et égalité, on feint de croire qu'en autorisant le voile et le burkini, on œuvre pour la liberté des femmes musulmanes à vivre comme les autres sans renoncer à pratiquer leur religion. Or, il est évident que le port de ces vêtements traduit le plus souvent soit une volonté de provoquer, soit une soumission de la femme à son époux, comme le rappelle Algérie-Focus  dans sa relation de l'incident qu'il qualifie de « très grave »  : « Les lycéennes récalcitrantes ont été renvoyées et les parents ont eu droit, pour comble d'audace, à une leçon de morale administrée par l'agent d'accueil qui leur enjoint de “bien éduquer leurs filles” ; entendez, leur apprendre à se couvrir entièrement la tête, à regarder par terre, à obéir au petit frère et à attendre tranquillement d'être livrée à un homme que la famille aura choisi. »

À la question  « Les nombreuses voix qui se sont élevées pour défendre […] le burkini voleront-elles au secours de ces jeunes filles victimes d'arbitraire ? » le journal répond : « Peu probable. »

C'est au nom de la liberté que des juges, applaudis par les bien-pensants, légalisent le port du voile ou du burkini. Qu'ils regardent en Algérie, ou au Maroc, où se situe le parti de la liberté: il n'est manifestement pas du côté du voile.

Source : ‘Boulevard Voltaire'                            

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