Les agriculteurs (aussi) sont en colère: ils murent le centre des impôts

 

Par Henri Saint-Amand

Le 26 mai 2016

l'Europe si complaisante envers certaines catégories de populations oublie ceux qui ont construit ses fondations économiques et politiques.

Les agriculteurs de la FDSEA de la Creuse ont muré, le 23 mai, le centre des impôts d'Aubusson. Ils protestaient contre le retard de paiement, par les instances européennes (via l'État français), des primes de la politique agricole commune (PAC). Ils sont aussi allés à la sous-préfecture de la même ville pour ériger le même « mur de la honte ». Mais avec une explication un peu différente et amusante : « Il n'y a plus de sous-préfet depuis plus d'un mois, on ne voudrait pas que les squatteurs s'installent » , sourit Pascal Lerousseau, président de la FDSEA de la Creuse. Ce n'est, bien sûr, qu'un prétexte.

Le vrai message à faire passer auprès des pouvoirs publics est le ras-le-bol récurrent des campagnes et des agriculteurs. Car ces derniers, à qui l'on demande des efforts de productivité, d'adaptation (beaucoup plus que pour les syndicalistes de la CGT), voient leur trésorerie presque sèche. Et la survie de leur outil de travail, de leur exploitation et donc leur survie, remise en cause. En effet, l'Europe si exemplaire, si complaisante envers certaines catégories de populations oublie ceux qui ont construit ses fondations économiques et politiques. Concrètement, les aides PAC 2015 n'ont toujours pas été soldées et celles de 2016 semblent déjà poser problème !

La situation est à ce point délicate et même catastrophique que François Hollande en personne s'est emparé du sujet. Les agriculteurs ont alors craint pour leur avenir. Ils avaient raison. Le 9 mai dernier, alors qu'il inaugurait la Halle Bio de Rungis, le chef de l'État a promis que les aides PAC 2015 seraient soldées « avant la fin de l'été » . Pour quelques-unes, il a dit vrai, comme les indemnités compensatoires de handicap naturel (ICHN) et les aides découplées (droits au paiement de base, etc.). Mais il en restera beaucoup à verser pour certaines fin septembre (aides végétales et veau sous la mère), aides végétales (fin octobre), aides bio et mesures agro-environnementales et climatiques (décembre) ! En attendant, comment vont faire les agriculteurs pour honorer leurs factures ? Mystère et boule de gomme.

Pour 2016, ce n'est pas mieux. Les déclarations sont effectuées depuis le 1 er avril mais les agriculteurs dénoncent déjà le flou du calendrier. Surtout, la France est l'un des rares pays de l'Union à connaître autant de retard de paiement ! La faute sans doute à une administration pléthorique au ministère de l'Agriculture, qui est passée de 18.480 en 1980 à 35.646 en 2006 avant, certes, de diminuer ces dernières années. Mais il y en a toujours plus de 30.000 alors même que le nombre d'agriculteurs n'en finit pas de diminuer !

Il faut rappeler que les aides PAC viennent en compensation d'efforts particuliers demandés aux agriculteurs, soit pour soutenir une politique précise, à l'export notamment (dans ce cas, ce sont davantage les grandes entreprises agroalimentaires qui sont bénéficiaires), soit pour les aider à surmonter un handicap (agriculture de montagne). Chaque année, ce sont plus de 9 milliards d'euros qui sont versés aux agriculteurs français. Elles représentent bon an mal an, et selon les secteurs, entre 60 et 90 % des revenus agricoles ! La colère des « soutiers de la terre » n'en est que plus compréhensible…

Source : ‘Boulevard Voltaire'

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